
Publié le 01/03/2016 • Par Judith Chetrit • dans : France
les régions aux commandes
Les régions piloteront les 500 000 formations supplémentaires.
L’État et les partenaires sociaux compenseront financièrement les commandes supplémentaires de formations d’ici la fin de l’année.
La bataille des 500.000 formations pour les demandeurs d’emploi est enclenchée, et une majorité des régions sont attendues sur le front pour gérer ce dispositif. Annoncée par François Hollande lors de ses vœux du 31 décembre, la mise en œuvre de ce troisième plan de formation – le plus important du quinquennat, dont le coût est estimé à plus d’1,1 milliard – a fait l’objet d’une réunion le 29 février entre l’État, les régions et les partenaires sociaux. D’ici la fin de l’année, le gouvernement table sur un million de formations dispensées aux chômeurs contre 515.000 entrées en formation en 2015 pour multiplier leurs chances de retourner sur le marché du travail.
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Chasse aux doublons
Fait nouveau : les régions seront en première ligne pour assurer le pilotage du plan. Dans un communiqué, l’Association des régions de France (ARF) s’est félicité de ce nouveau partage des rôles décidé par l’Élysée et la rue de Grenelle. Son président, Philippe Richert (LR), mise sur la participation d’une majorité de régions, dont sept se situent à droite et cinq à gauche :
Nous sommes heureux de voir que le gouvernement a tenu ses engagements en laissant aux régions la possibilité de gérer ce nouveau dispositif, et en compensant tout effort supplémentaire des régions.
Jusque-là, Pôle Emploi était l’unique interlocuteur et bénéficiaire des financements de l’État et des partenaires sociaux pour les formations individualisées des chômeurs. Les régions assuraient, elles, l’achat de formations collectives au titre de leur compétence en formation professionnelle depuis 1983 mais elles n’assuraient pas le remplissage des sessions de formation. “Ce sera un partenariat plus transparent et efficace entre les régions et Pôle Emploi. Cela évitera les doublons de formation”, avance un interlocuteur de l’État.
La France compte aussi rattraper son retard par rapport notamment à son voisin allemand où un chômeur sur cinq est formé contre moins d’un sur dix en France. L’ambition du ministère du Travail se veut moins sibylline que ne l’avait été François Hollande: ce ne sont pas 500.000 chômeurs supplémentaires qui seront formés d’ici la fin de l’année, mais 500.000 formations qui seront prodiguées, puisque qu’un demandeur d’emploi peut en suivre plusieurs en fonction de son parcours professionnel.
Si une région signataire de ce plan commande davantage de formations, sa dépense sera compensée par l’État et les partenaires sociaux du Fonds paritaire de sécurisation des parcours professionnels – et non si elle reste au même niveau de formation que précédemment. Dans les régions non volontaires, ce seront les caisses de Pôle Emploi qui en bénéficieront.
Risque d’embouteillage
Dans le viseur des régions, la possibilité de diagnostiquer les besoins actuels et les filières d’avenir au niveau régional et d’ajuster les flux des formations. Mais l’État a déjà déterminé certaines priorités, soit les filières dites d’avenir tels les métiers du numérique, de la transition énergétique ou des secteurs en recherche continue de main d’œuvre comme la construction et l’industrie. Parmi ces 500.000 formations supplémentaires, 300.000 seront destinées aux demandeurs d’emploi peu ou pas qualifiés, a fortiori lorsqu’ils sont jeunes ou chômeurs de longue durée.
“A l’échelle de leur territoire, les régions sont celles qui connaissent le mieux les besoins d’emploi”, souligne Fanny Anor, chargée d’études de la fondation Montaigne qui plaide pour la création “d’un bloc de compétences des régions autour de l’emploi, de l’apprentissage et de la formation professionnelle”.
Reste le problème du nombre de formations qui doivent être ainsi doublées en un an et la gestion d’un tel flux par les organismes référents et les exécutifs régionaux. Le coût de la formation à l’unité dans ce plan – entre 2.200 et 2.250 euros – ne peut être éludé : plus on monte en qualification, plus les formations sont longues et reviennent cher aux régions. “Est-ce qu’avec cette somme en moyenne, cela permettra vraiment de faire de la formation qualifiante? On est conscient qu’il y aura une sorte de mix”, tempère une source proche du dossier.
Le calendrier est déjà fixé : les régions volontaires signeront une convention avec l’État d’ici la fin mars en fonction du nombre de leurs demandeurs d’emploi et leurs chômeurs formés puis chaque région avec Pôle Emploi et les partenaires sociaux. Et le gros des formations devrait commencer dès la rentrée prochaine en septembre.
Etat et régions s’apprivoisent sur leurs politiques d’emplois
Publié le 02/02/2016 • Par Emmanuel Guillemain d’Echon • dans : A la une, France
Philippe Richert, nouveau président (LR) des régions de France, et Manuel Valls, le 2 février à Matignon © Hugues Marie Duclos
Suite à une réunion de travail à Matignon le 2 février, l’État et les régions devraient formaliser dans les semaines à venir un partenariat sur le dossier de l’emploi, alors que le président de la République vient de lancer son plan de formation de 500 000 chômeurs.
Matignon l’avait fait savoir à l’avance, il ne s’agissait pas aujourd’hui de faire des annonces concrètes sur le plan de formation de 500 000 chômeurs annoncé par François Hollande à l’occasion de ses vœux, mais de « mettre en place une méthode de travail et un calendrier » – et surtout de marquer l’avènement d’une « nouvelle donne territoriale », avec la naissance de grandes régions aux compétences renforcées, notamment en termes d’emploi et d’aides aux entreprises (et accessoirement la fin de l’hégémonie socialiste à la tête des régions).
Rien n’a donc filtré de précis du séminaire de travail qui réunissait, mardi 2 février à Matignon, le chef du gouvernement, plusieurs ministres et les dix-huit présidents des nouvelles régions (Outre-mer compris), qui ont ensuite déjeuné à l’Elysée avec le président de la République.
Il faudra attendre un peu : Manuel Valls a annoncé, à la sortie de la rencontre, qu’un « document précis », établi « sur la base des propositions des régions » en matière de coordination de politique de l’emploi, de la formation professionnelle et de l’apprentissage, serait élaboré dans la quinzaine à venir.
Une réunion entre les présidents de régions, la ministre du Travail, Myriam El Khomri, Pôle Emploi et les partenaires sociaux, permettra le 18 février de rentrer dans le vif du sujet et notamment de la coordination des politiques publiques de retour à l’emploi.
D’ici le mois de mars, État et régions devraient avoir fixé une « plateforme commune », a précisé Philippe Richert, le nouveau président de l’Association des régions de France, élu le 26 janvier dernier. Il devrait alors y avoir des réponses sur la délégation aux régions de l’accompagnement des pôles de compétitivité, ou du sort des crédits non affectés à l’apprentissage.
Droit à l’expérimentation
Le gouvernement affiche une ouverture maximale, sans qu’on sache pour l’instant ce qu’elle recouvre, au-delà des mots. « Il faut que l’État fasse pleinement confiance aux régions », a affirmé Manuel Valls, « à la proximité, au terrain, à ceux et à celles qui connaissent parfaitement le monde économique, les entreprises, les PME, les TPE, les start-up ».
Le chef du gouvernement a confirmé que l’État souhaitait laisser la possibilité aux régions « d’expérimenter » en termes de politiques de retour à l’emploi. Sans préciser si cela concernait la potentielle territorialisation de Pôle emploi, c’est-à-dire le transfert aux régions volontaires du suivi des demandeurs d’emploi – un débat ouvert lors de la loi Notre, mais non réglé, devant l’hostilité des syndicats.
« Aucun président de région n’a demandé le transfert de Pôle Emploi, des conseillers et du personnel, aux conseils régionaux », a temporisé Philippe Richert, pourtant démenti le matin même par Christian Estrosi, qui annonçait sur France Bleu Azur son intention de demander le transfert intégral du service public au conseil régional, y compris « la gestion, le paiement des indemnités pour pouvoir piloter, avec la formation, tous les organismes de gestion de l’emploi de A à Z ».
« Aucune proposition ne doit rester sans réponse », s’est-on contenté de répondre énigmatiquement à Matignon.
Nouvelle donne régionale
Il s’agissait aussi aujourd’hui, pour les participants au séminaire, de tâter le terrain et d’établir les contours de cette « nouvelle donne » saluée par Manuel Valls : les régions n’ont jamais eu autant de pouvoir, mais elles ne parlent plus d’une voix aussi unie qu’avant les élections – Philippe Richert était alors le seul président de région de droite.
Les rencontres avec les présidents de régions semblent ainsi avoir vocation à plus de « régularité », sans qu’on n’en sache plus pour l’instant. Aujourd’hui, le président du Conseil exécutif de Corse, Gilles Simeoni, s’est abstenu. Idem pour Laurent Wauquiez (Auvergne-Rhône-Alpes), qui a dénoncé une « opération de communication », mais a toutefois envoyé son vice-président pour le représenter.
Il reste, en tout cas, beaucoup de sujets sur la table : les autres questions brûlantes qui devaient être abordées, notamment la question de nouvelles ressources fiscales réclamées par les régions, ou de la clause de revoyure des contrats de plan État-régions, ont été reportées à des discussions ultérieures.
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