278-Manipulations génétiques sur des embryons humains & Les NBIC et le transhumanisme vont être un choc pour le corps médical

Etat des lieux au 02.02.2016

Au Royaume-Uni, des scientifiques ont reçu l’autorisation de procéder à des manipulations génétiques sur des embryons humains en utilisant la technique Crispr/Cas9. Une première.

Au Royaume-Uni, des chercheurs ont reçu l'autorisation de manipuler pour la première fois génétiquement des embryons humains à l'aide de la technique Crispr/Cas9. ©MARCEL MOCHET / AFPAu Royaume-Uni, des chercheurs ont reçu l’autorisation de manipuler pour la première fois génétiquement des embryons humains à l’aide de la technique Crispr/Cas9. ©MARCEL MOCHET / AFP

CRISPR/CAS9. Pour la première fois au Royaume-Uni, des scientifiques ont été autorisés à manipuler des embryons humains à des fins de recherche, a annoncé lundi 1er février 2016 l’autorité britannique de la fertilisation humaine et de l’embryologie (HFEA). Cette autorisation concerne l’utilisation de la méthode Crispr-Cas9, qui permet de cibler les gènes défaillants dans l’ADN afin de les neutraliser plus précisément. Il s’agit d’une des toutes premières autorisations de manipulation d’embryons humains.

Déterminer les causes des fausses couches

« Nous avons approuvé la demande du docteur Kathy Niakan de l’Institut Francis Crick (de Londres) d’ajouter la possibilité de manipuler des embryons (humains) à son autorisation de recherche », a annoncé la HFEA. La demande avait été déposée au mois de septembre 2015 afin d’étudier les gènes en jeu lors du développement des cellules qui forment ensuite le placenta. Et, ce, dans le but de déterminer pourquoi certaines femmes font des fausses couches. « Cela va permettre non seulement à Kathy Niakan de poursuivre ses recherches sur le développement précoce de l’embryon, mais aussi d’analyser le rôle de gènes spécifiques à travers l’utilisation de la méthode Crispr-Cas9 », a commenté le professeur Robin Lovell-Badge du Francis Crick Institute.

« Comprendre le développement de l’embryon pourrait nous aider à comprendre les causes de l’infertilité, des fausses couches et de certaines maladies génétiques », a ajouté Alastair Kent, directeur de Genetic Alliance UK.

CRISPR/CAS9 : un kit moléculaire d’édition génétique
Développée en 2012, la technique de modification du génome CRISPR/Cas9 (prononcez « crispeur casse 9 ») est une sorte d’outil « couper-coller » de la génétique. Ce kit moléculaire est composé de séquences CRISPR déterminées pour cibler n’importe quel gène. Elles y conduisent l’enzyme Cas9 qui va couper sur l’ADN le gène défectueux ciblé. Celui-ci peut alors être remplacé par un gène médicament transporté dans un virus inactivé.
La technique désignée découverte scientifique de l’année 2015 par la revue Science rend beaucoup plus facile l’intervention sur le génome des organismes.

La modification génétique d’embryons à des fins de traitement est interdite au Royaume-Uni. Elle est en revanche autorisée depuis 2009 dans la recherche, à condition entre autres que les embryons soient détruits au bout de deux semaines maximum. Mais c’est la première fois qu’une telle demande est formulée, rappelait la HFEA en septembre dernier. L’agence a par ailleurs re-confirmé lundi qu’il serait interdit d’utiliser les embryons pour les transplanter sur des femmes. « C’est une décision encourageante qui montre que le bon usage de la scienceet une surveillance éthique efficace peuvent aller de pair », a réagi Sarah Chan, docteur à l’Université d’Edimbourg.

En avril 2015, des chercheurs chinois avaient annoncé être parvenus à modifier un gène défectueux de plusieurs embryons, responsable d’une maladie du sang potentiellement mortelle. Une première qui avait soulevé des inquiétudes et des questions éthiques. Les scientifiques chinois avaient eux-mêmes indiqué avoir « eu de grandes difficultés » et affirmé que leurs travaux « montraient la nécessité urgente d’améliorer cette technique pour des applications médicales ».

AFP

source : http://www.sciencesetavenir.fr/sante/20160201.OBS3753/1ere-autorisation-de-manipulation-genetique-d-embryons-humains-au-royaume-uni.html


Questions autour de l’expérimentation sur l’embryon humain

Une biologiste britannique a été autorisée lundi 1er février à faire des recherches sur l’expression des gènes au sein de l’embryon humain précoce afin, notamment, de « comprendre les causes de certaines maladies génétiques ».

Par Denis Sergent, le 01/02/2016 à 17h46

Quelle est la portée de la décision prise lundi ?

L’Autorité britannique de la fertilisation humaine et de l’embryologie (HFEA), équivalent de l’Agence de la biomédecine en France, vient pour la première fois au Royaume-Uni d’autoriser à faire des expériences sur des embryons humains à des fins de recherche. « Nous avons approuvé la demande du docteur Kathy Niakan, de l’Institut Francis Crick de Londres, d’ajouter la possibilité de manipuler des embryons humains à son autorisation de recherche », a annoncé la HFEA.

La demande avait été déposée en septembre 2015, afin d’étudier les gènes mis en jeu lors du développement précoce de l’embryon, avant qu’il ne s’implante. « Comprendre le développement de l’embryon pourrait nous aider à comprendre les causes de l’infertilité, des fausses couches et de certaines maladies génétiques », selon Alastair Kent, directeur de Genetic Alliance UK.

« Cela permettra aussi d’analyser le rôle de gènes spécifiques à travers l’utilisation de la méthode Crispr-Cas9 », a ajouté le professeur Robin Lovell-Badge, du Francis Crick Institute.

Qu’est-ce que cette technique du « Crispr-Cas9 » ?

Dérivée d’un mécanisme de défense bactérien, la méthode Crispr-Cas9 est une boîte à outils, sorte de « couteau suisse » du génie génétique, permettant de supprimer et d’insérer des gènes (ADN) à un endroit précis, au sein du génome de n’importe quelle cellule.

En d’autres termes, cette technique peut permettre, chez une personne souffrant d’une maladie génétique simple, de faire de la thérapie génique en remplaçant le gène défectueux par un gène sain. La technique peut aussi s’appliquer à l’embryon précoce.

À titre expérimental, une équipe universitaire de Canton (Chine) l’a testée en avril 2015 avec des embryons porteurs d’une maladie du sang potentiellement mortelle – la bêta-thalassémie – avant de les détruire. Les biologistes chinois ont indiqué avoir eu « de grandes difficultés », avec l’apparition d’effets secondaires, et affirmé que leurs travaux « montraient la nécessité urgente d’améliorer cette technique pour des applications médicales ». En d’autres termes, la technique n’était pas encore maîtrisée pour de telles applications.

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Quelles questions éthiques soulève cette expérimentation ?

Au Royaume-Uni, la modification génétique d’embryons humains est autorisée depuis 2009 dans la recherche, à condition entre autres que les embryons soient détruits après deux semaines maximum.

En France, la recherche sur les embryons humains est autorisée par la loi de bioéthique de 2013. Elle est en revanche interdite à des fins de traitement médical. Or la technique Crispr-Cas9 pourrait être utilisée pour modifier le génome d’un embryon et remplacer un gène de maladie génétique grave ou incurable par un gène sain. Ce que certains considèrent comme de l’eugénisme.

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Plus grave éthiquement serait la modification du génome des cellules sexuelles, qui se transmettrait alors à la descendance et pourrait modifier l’évolution de l’espèce humaine. Pour cette raison, des opposants à la décision prise lundi redoutent déjà l’ouverture d’une boîte de Pandore.

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Denis Sergent

«Ces manipulations sur l’embryon n’auraient probablement pas été autorisées en France»

Mots clés : embryon, génétique
Par figaro iconTristan Vey – le 01/02/2016
Le généticien Patrick Gaudray, membre du Comité consultatif national d’éthique (CCNE), répond aux questions du Figaro sur l’autorisation d’une campagne de recherche impliquant la manipulation génétique d’embryons humains.

La Grande-Bretagne a autorisé lundi une campagne de recherche fondée sur la manipulation génétique d’embryons humains. Quelles sont les implications sur le plan éthique? Le généticien Patrick Gaudray, directeur de recherche au CNRS et membre du Comité consultatif national d’éthique (CCNE) pour les sciences de la vie et de la santé, répond aux questions du Figaro.

LE FIGARO. – Ces manipulations génétiques sur l’embryon humain vous paraissent-elles légitimes?
Philippe Gaudray, généticien, membre du Comité consultatif national d'éthique (CCNE).
Philippe Gaudray, généticien, membre du Comité consultatif national d’éthique (CCNE).

Patrick Gaudray.- Nous sommes là dans un cadre de recherche fondamentale. Il s’agit de comprendre le rôle joué par certains gènes dans le développement précoce de l’embryon humain. Le plus simple pour cela est d’utiliser la nouvelle technique d’édition génétique CRISPR/Cas9 qui permet de supprimer ou de modifier l’expression de certains gènes. Les embryons n’ont pas vocation à être implantés. Ils seront détruits au bout de quelques jours. Dans ce contexte, ce type de recherche me parait raisonnable.

Avez-vous été surpris par cette autorisation?

Non, pas vraiment. La demande a été déposée en septembre et semblait conforme au droit britannique qui autorise ce type de travaux depuis 2009. Le contexte est très différent en Grande-Bretagne. A mon sens ils sont déjà allés beaucoup plus loin, probablement trop loin d’ailleurs, en autorisant l’utilisation d’un ovocyte d’une tierce personne pour accueillir le matériel génétique de deux parents. Dans la mesure où cet ovocyte contient de l’ADN dans ses mitochondries (les centrales énergétiques des cellules, NDLR), cela revenait déjà à modifier artificiellement le patrimoine génétique d’un être humain. On a assez peu insisté sur ce point en évoquant plus généralement «un bébé à trois parents».

Ces nouvelles recherches auraient-elles été autorisées en France?

Non, probablement pas. L’utilisation d’embryons est autorisée sous des conditions strictes dans la recherche depuis 2013 seulement (elle était interdite avec un régime de dérogations auparavant, NDLR). Je n’imagine pas que l’on puisse autoriser des manipulations génétiques sans que cela provoque un tollé. Il serait bon d’avoir un débat apaisé sur ces questions, mais ce n’est pas évident. Lorsque les opposants prétendaient que la recherche «tueraient» les embryons, par exemple, ce n’était pas vrai: depuis toujours, lors de fécondations in vitro, seuls les embryons qui n’ont pas vocation à être implantés et auraient été détruits de toute façon, sont utilisés.

Pourquoi cette question crispe-t-elle autant les positions?

La question de l’embryon humain est très délicate à appréhender. En France, il n’y a par exemple rien de fixé sur le commencement de la vie humaine. Est-ce au moment de la fécondation, de l’implantation dans l’utérus, à la naissance? Ce n’est pas clair dans le code civil. En Grande-Bretagne, ils ont fixé 14 jours, ce qui correspond à l’apparition des premières cellules nerveuses. C’est un choix comme un autre, mais il permet des discussions plus apaisées.

Doit-on craindre que ce type de recherche ne débouche sur des «bébés sur mesure»?

Je pense que cela relève pour le moment du fantasme. Il existe un immense fossé entre ce type de recherches fondamentales et des applications pratiques. Ce n’est pas parce qu’on bricole comme ça un embryon humain que l’on sera capable demain de modifier le génome à l’envi. On pense parfois que l’on franchit une ligne rouge, mais on se promène plutôt sur celle-ci. Elle est très floue et le risque de basculement est beaucoup moins grand qu’on ne l’imagine.

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source : http://sante.lefigaro.fr/actualite/2016/02/01/24558-ces-manipulations-sur-lembryon-nauraient-probablement-pas-ete-autorisees-France


La Silicon Valley va-t-elle rendre votre médecin inutile ?

Publié le 1 février 2016 dans Sciences et technologies

Par Laurent Alexandre

Dan Century DNA(CC BY 2.0)

Après un tweet musclé publié le 30 septembre, Luc Ferry a déclenché une violente polémique avec le corps médical :

« Un médecin se vante d’ignorer ce que signifient les “NBIC”. Honnêtement, il ferait mieux de retourner à la fac ou de changer de métier… »

Ils ont été nombreux à répliquer virilement, agacés par le ton de l’ancien ministre de l’Éducation nationale.

« On peut être un bon médecin et ignorer la signification de NBIC (nanotechnologies, biotechnologies, informatique et sciences cognitives) »,

lui ont répondu certains docteurs. Pas du tout intimidé, il a relancé la polémique :

« Tant que nos médecins ignoreront les nouvelles technologies NBIC, nous serons en danger. La formation continue est un devoir, pas un luxe ! »

Certes, les propos de Luc Ferry étaient un peu vifs. Mais sur le fond, il est inquiétant que les médecins présents sur Twitter – a priori les mieux informés – ignorent la grande révolution technologique à l’œuvre ; et étonnant que les philosophes soient plus en avance qu’eux dans la compréhension du tsunami qui se prépare.

Dans un premier temps, le plus grand danger n’est pas tant pour les malades que pour les médecins eux-mêmes. En effet, les NBIC et notamment la génomique vont redistribuer le pouvoir médical.

Le pouvoir médical passera aux mains des concepteurs des logiciels

D’ici à 2030, plus aucun diagnostic médical ne pourra être fait sans système expert. Il y aura un million de fois plus de données dans un dossier médical qu’aujourd’hui. Cette révolution est le fruit du développement parallèle de la génomique, des neurosciences et des objets connectés.

Aujourd’hui, une appli iPhone réalise aussi bien que les médecins le diagnostic des cancers de la peau à partir de photos réalisées avec l’appareil. Avant 2020, aucun dermatologue n’égalera ce type d’applications, dont le coût sera inférieur à 1 dollar. Des pans entiers de la médecine vont ainsi basculer hors du champ de la décision humaine. L’éthique médicale ne sera plus le produit explicite du cerveau du médecin : elle sera produite plus ou moins implicitement par le système expert. Le pouvoir médical et éthique passera aux mains des concepteurs des logiciels.

Pourtant, les médecins ignorent la redistribution des cartes à l’œuvre au profit des géants du net : les GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon), IBM et Microsoft seront les maîtres de cette nouvelle médecine. Au lieu de se moquer des technoprophètes comme Luc Ferry, les médecins feraient bien de structurer leur riposte.

La manipulation du génome humain sera opérationnelle avant 2025

Le séquençage ADN est le premier moteur de cette évolution : l’analyse génomique d’une seule tumeur exige, par exemple, le traitement de 20 000 milliards d’informations. Et, derrière la lecture de l’ADN, arrive sa manipulation. Ces derniers mois, les technologies d’édition du génome ont fait de grands progrès, et les premières manipulations génétiques d’embryons humains ont débuté.

Richard Ricciardi-Human Genome(CC BY-NC-ND 2.0)

Une équipe chinoise a publié, le 18 avril, des modifications génétiques sur 86 embryons humains, destinées à corriger une mutation responsable d’une maladie du sang, la bêta-thalassémie. Le 5 octobre, l’équipe de George Church, à Harvard, a publié la manipulation réussie de 62 gènes sur des cellules de cochons, pour permettre la transplantation de leurs organes chez l’homme.

Cette expérimentation a impressionné la communauté scientifique par le nombre de gènes modifiés simultanément. La manipulation du génome humain sera parfaitement opérationnelle avant 2025 et n’aura aucune limite technologique. Les médecins ont tort de s’insurger contre Luc Ferry qui les invite à suivre ces sujets qui vont transformer leur exercice.

Comme toujours, les groupes sociaux n’anticipent pas les ruptures technologiques. Kodak n’a pas cru à la photo numérique. Microsoft n’a pas cru aux smartphones. Les taxis n’ont pas vu arriver Uber. Les médecins ne voient pas que le déferlement des NBIC et des GAFA va fracasser leurs certitudes.

Aucun médecin n’a jamais voulu tuer la mort, Google oui  !

Le corps médical n’est pourtant pas à blâmer. Si Kodak, avec ses milliers d’ingénieurs et de prospectivistes, n’a pas vu arriver la photo sur smartphone et en est mort, pourquoi exigerait-on de médecins isolés chacun dans leur cabinet qu’ils lisent dans le futur ? Il est vrai que l’entrée de Google et des transhumanistes dans la santé est un choc inattendu pour le corps médical, un changement radical de perspective.

Les dirigeants de Google prônent l’adoption enthousiaste des NBIC, qui deviennent le cœur de l’économie mondiale, pour changer l’humanité. Aucun médecin n’a jamais voulu tuer la mort, Google oui ! Max Weber expliquait : « La révolution n’est pas un carrosse dont on peut descendre à volonté. » C’est également vrai pour celle des NBIC. Nous, médecins, sommes des petits-bourgeois qui ne voient pas arriver les révolutionnaires de la Silicon Valley. Cette révolution va nous balayer.

—source : https://www.contrepoints.org/2016/02/01/236165-quand-la-silicon-valley-balaiera-le-corps-medical