702 – Finlande & UE/Euro … rien ne va plus ! D’où le revenu de base ?

 

1/- Le parlement finlandais débat d’une sortie de l’euro

2/- La Finlande, nouveau laboratoire de l’austérité de la zone euro

3/- La Finlande envisage le lancement d’un revenu universel de 800 euros mensuels


Le 28 avril, les députés finlandais ont discuté d’une sortie de l’euro, un débat déclenché par une pétition signée par 53 000 citoyens.

Ce débat initié par une pétition, procédure peu usitée, illustre le mécontentement croissant de la population face aux difficultés économiques rencontrées par le pays, frappé par un fort taux de chômage et une politique gouvernementale d’austérité.

L’initiative populaire réclame également un référendum sur l’appartenance à l’euro, mais une telle consultation ne peut avoir lieu que si la Diète donne son accord, ce qui paraît très improbable. La pétition va être présentée à une commission parlementaire et devra passer plusieurs étapes avant un vote de l’assemblée en séance plénière.

Indépendance de la politique monétaire

La pétition a été lancée par l’eurodéputé Paavo Väyrynen, huit fois ministre, qui agit en franc-tireur dans cette affaire. Aucun parti finlandais ne propose en effet de renoncer à la monnaie unique européenne, mais les députés eurosceptiques déplorent le manque d’indépendance de la politique monétaire et estiment que la Finlande aurait dû organiser un référendum avant d’adopter l’euro en 1998. C’est ce qu’on fait la Suède et le Danemark, qui ont voté contre l’euro quelques années plus tard.

« L’euro est très bon marché pour l’Allemagne et trop cher pour le reste de l’Europe, il ne remplit pas les critères d’une union monétaire optimale », a déclaré Simon Elo, député du parti eurosceptique des Vrais Finlandais.

L’économie finlandaise a crû de 0,5% l’an dernier après trois années de contraction. Cette stagnation s’explique par de nombreux problèmes, dont un coût du travail élevé, le déclin du groupe de téléphonie Nokia et la récession en Russie.

Avant 1992, la Finlande avait plusieurs fois dévalué sa monnaie, le mark finlandais, pour améliorer sa compétitivité à l’exportation, un outil qu’il ne peut plus utiliser avec l’euro.

Échec de la dévaluation interne

Depuis son arrivée au pouvoir en mai 2015, le gouvernement de droite, pro-austérité, essaie d’appliquer les recettes de la dévaluation interne (rigueur salariale et budgétaire), sans grand succès jusqu’ici.

Le gouvernement d’Helsinki reste officiellement attaché à l’euro et le ministre des Finances, Alexander Stubb, a déclaré au Parlement qu’une sortie de l’euro aurait plus de conséquences négatives que d’avantages.

Dans un sondage publié en décembre, 54% des Finlandais disaient souhaiter le maintien du pays au sein de la zone euro, contre 31% qui préconisaient d’en sortir.


Le parlement finlandais débat d’une sortie de l’euro


2/- La Finlande, nouveau laboratoire de l’austérité de la zone euro

Le gouvernement finlandais veut imposer un plan de rigueur drastique pour redynamiser une économie à l’arrêt depuis trois ans. Et espère ramener son déficit à 2,8 %  du PIB en 2016 contre 3,1 % cette année.

Vendredi 18 septembre, la Finlande a été bloquée par une grève de grande ampleur. La compagnie aérienne locale, Finnair, a dû annuler 16 vols au départ du pays, tandis que la plupart des trains de grande ligne et les transports urbains étaient supprimés.

Devant la gare centrale de la capitale et malgré la pluie, plus de 30.000 personnes ont manifesté contre les mesures d’austérité annoncées par le gouvernement. Le pays n’avait plus connu de grève générale depuis 1956. On a même pu constater des échauffourées à la marge du rassemblement. L’esprit de « consensus social nordique » semble donc ne plus être d’actualité en Finlande.

Le plan gouvernemental

A l’origine de cette manifestation, l’annonce par le gouvernement de droite finlandais, issu du scrutin du 19 avril dernier, d’abaisser le coût du travail de 5 % pour sortir le pays du marasme dans lequel il se trouve depuis près de trois ans. Son projet inclut une réduction des congés payés dans le secteur public, des baisses dans les compensations pour le paiement des heures supplémentaires et des arrêts maladie et une réduction de 100 à 250 jours de la durée des indemnisations chômage actuellement fixée à 500 jours.

Le gouvernement a certes laissé les partenaires sociaux négocier, mais uniquement pour la forme puisqu’il a annoncé que la seule alternative laissée aux syndicats était d’accepter une augmentation de 20 minutes de la durée légale du travail. Autrement dit, fort de son mandat populaire – la coalition au pouvoir regroupe les trois partis arrivés en tête en avril – le gouvernement veut imposer ses solutions sans en passer par l’habituel dialogue social.

Pour insister sur la gravité de la situation, le premier ministre Juha Sipilä s’est adressé directement à la télévision aux Finlandais pour justifier sa volonté de passer en force. Jamais depuis 22 ans un chef de gouvernement finlandais avait eu recours à ce type de message. Le projet devrait être présenté à la fin du mois au parlement et entrer en vigueur pour l’essentiel en mars prochain.

La Finlande mauvais élève de la zone euro

La situation économique de la Finlande est, en effet, critique. En dépit d’une croissance du PIB de 0,2 % au cours du deuxième trimestre 2015, le pays est à l’arrêt depuis pratiquement trois ans. Sa richesse nationale est, fin juin, inférieure de 0,3 % à celle de 2010 contre une progression de 2,9 % sur la même période pour la zone euro.

Au sein des Dix-Neuf de l’Union monétaire, la Finlande est le plus mauvais élève sur cette période, si on exclut les pays périphériques du sud (Italie, Portugal, Grèce, Chypre). Même l’Espagne avec une progression de 0,2 % fait désormais mieux. En réalité, la Finlande, malgré son PIB par habitant élevé, n’est plus vraiment un pays du « cœur » de l’Union monétaire.

Le pays se désindustrialise rapidement. En juillet, la production industrielle a reculé de 1,3 % sur un mois et de 3 % sur un an. C’est la 31ème baisse consécutive en rythme annuelle ! Logiquement, le chômage progresse. En taux harmonisé européen, il représente 9,7 % de la population active. Sur un an, la hausse est d’un point.

La Finlande est un des trois pays de la zone euro où le chômage a progressé entre juillet 2014 et juillet 2015, avec la France et l’Autriche, mais dans ces deux pays, la hausse n’est que d’un dixième de point, soit dix fois moins qu’en Finlande. Rien d’étonnant donc à ce que les capitaux fuient le pays. Au second trimestre, les sorties nettes de capitaux ont atteint 4,6 milliards d’euros.

Absence de moteurs de croissance

Quelles sont les raisons de cette descente aux enfers ? Elles sont multiples. Les industries traditionnelles du pays sont d’abord en forte décroissance. La locomotive Nokia qui avait permis la croissance durant une dizaine d’années, de 1995 à 2008, n’existe plus. Les industries forestières sont en recul et les marchés émergents ne peuvent plus servir de moteur pour les exportations, d’autant que le premier d’entre eux, la Russie, va mal.

La Finlande n’a pas su négocier ce virage et trouver d’autres spécialisations capables de soutenir son économie. Dans ce contexte, les entreprises finlandaises ont réduit leurs investissements et l’utilisation des capacités de production. La productivité a reculé très fortement, de près de 1 % en 2010 et de 4,5 % depuis 2007. Mais, parallèlement, la croissance a été soutenue par les salaires. D’autant plus que la rigueur budgétaire est une religion en Finlande.

Hausse du coût salarial

La croissance n’a donc pas été alimentée par la dépense publique, mais, par la croissance du coût unitaire du travail, alors que l’activité et la productivité reculaient. Le coût unitaire du travail finlandais a progressé de 8,9 % sur cinq ans en 2014 contre 6,9 % en France et 7 % en Allemagne. L’écart entre le coût du travail et la productivité a donc atteint 10 % sur cinq ans et est un des plus importants de la zone euro et a aggravé le problème de compétitivité du pays.

Il a été d’autant plus difficile à gérer que, parallèlement, les autres pays de la zone euro ont pratiqué soit des politiques de dévaluation interne, soit une modération salariale (en relation avec la croissance de la productivité) plus marquée qu’en Finlande. La compétitivité est toujours une notion relative et la Finlande, avec ses facteurs aggravants, subit, comme l’Autriche ou la France, les effets de la politique européenne de course à la compétitivité externe. En Finlande, on assiste donc à un effet de second tour de la crise européenne débutée en 2010.

La politique de réforme finlandaise

La solution dans laquelle s’est engagé le gouvernement n’est pas une surprise. Les trois partis au pouvoir, le Centre du premier ministre, la Nouvelle Coalition du ministre des Finances et ancien premier ministre Alexander Stubb et le parti populiste de droite « les Finlandais » de Timo Soini, avaient tous surenchéri pendant la campagne électorale sur les mesures déflationnistes à prendre.

Certes, le gouvernement prévoit officiellement un plan d’investissement assez vague, mais cet élément ressemble surtout à un prétexte pour désarmer les critiques. La situation industrielle de la Finlande nécessiterait un effort franc et massif.

En revanche, l’effort principal – et détaillé – est placé sur la baisse des coûts salariaux. Mais ces mesures qui ne répondent que partiellement au problème finlandais, voire qu’il l’aggrave. Frapper les salariés dans une économie déjà dans le marasme risque en effet de réduire encore la capacité de croissance de l’économie finlandaise, donc la seule dynamique est aujourd’hui réduite à la consommation des ménages.

Or, cette consommation n’est pas isolée : sa dégradation contribuera inévitablement à réduire l’attractivité du pays et la capacité d’investissement des entreprises opérant dans le pays. Elle réduira aussi les revenus fiscaux de l’Etat. Selon le syndicat SAK, le pouvoir d’achat des salariés sera réduit de 3 %.

Priorité à l’objectif budgétaire

Mais le gouvernement finlandais n’en a cure. Comme la Commission européenne, qui vient de placer le pays sous surveillance pour son déficit budgétaire, la réduction de la dette et du déficit budgétaire est une obsession. C’est pourquoi le plan finlandais est d’abord un plan d’économie, de près de 1,7 % du PIB. Helsinki ignore – ou feint d’ignorer- le phénomène de multiplicateur budgétaire, autrement dit de l’effet négatif de ces mesures sur la richesse nationale.

Comme au plus beau temps du début de la crise de l’euro, on prépare donc des projets de réduction du déficit de 3,1 % du PIB cette année à 2,8 % l’an prochain, sans prendre en compte cet effet. Rien d’étonnant à cela : le ministre de l’économie finlandais actuel n’est autre qu’Olli Rehn, l’ancien commissaire européen qui avait appliqué la politique de la troïka. En réalité, et c’est pourquoi le gouvernement a refusé de réellement discuter avec les syndicats, cet objectif budgétaire est le seul vrai objectif du gouvernement.

Idéologie austéritaire

Cette réponse finlandaise à la crise montre bien qu’il existe une politique économique en zone euro. Et que cette politique est la désinflation compétitive. Elle prouve une nouvelle fois l’incapacité de ses dirigeants à retenir les leçons du passé. Si une modération salariale semble nécessaire en Finlande, le pays a surtout besoin d’une politique industrielle et d’un travail sur sa productivité, donc d’investissements massifs. L

a Finlande, qui est peu endettée (à 63 % de son PIB) aurait pu utiliser une partie de cette dette pour un plan de relance ciblé qui aurait permis de faire repartir le PIB et, donc, de réduire ce ratio. A l’inverse, l’austérité risque de creuser le ratio d’endettement comme cela a été le cas dans tous les pays qui l’ont pratiqué, y compris les success story affichées comme l’Irlande ou l’Espagne.

Quant à l’effet sur l’investissement de ce plan, il pourrait être très faible, compte tenu de la situation de l’industrie finlandaise et du processus de désindustrialisation très avancé. Du reste, quoi qu’en dise Alex Stubb, la Finlande mène une politique de rigueur budgétaire depuis plusieurs années et cela n’a pas permis de renforcer le pays, bien au contraire.

Aveuglement des agences de notation

Un autre élément intéressant est la position des agences de notation : alors que le pays est en plein marasme, que sa dette a considérablement augmenté et que ce mouvement devrait encore s’accélérer, Fitch a confirmé le AAA de la Finlande vendredi dernier, note affirmée récemment aussi par Moody’s. Seule S&P a déjà dégradé le pays. Ce maintien de la meilleure note est étonnant au regard des fondamentaux très dégradés du pays. Néanmoins, il traduit un «biais » culturel de ces agences : un pays du nord est forcément vertueux et un plan d’austérité est forcément positif. En attendant, et malgré les efforts des syndicats, il y a peu à parier que les mesures gouvernementales fasse réellement débat en Finlande.

Le gouvernement peut s’appuyer sur le résultat des élections pour imposer ses vues. Dans les derniers sondages, la coalition ne recule pratiquement pas. Le pays entre donc dans des eaux particulièrement troubles.

Cet article a été initialement publié sur La Tribune. 


La Finlande, nouveau laboratoire de l’austérité de la zone euro


3/- La Finlande envisage le lancement d’un revenu universel de 800 euros mensuels

Le pays nordique, qui traverse une grave crise économique, lance une expérimentation de revenu de base. Le but est de généraliser cette mesure pour faire baisser le chômage. Un article de notre partenaire, La Tribune.

L’expérience fait beaucoup parler dans les pays anglo-saxons. La Finlande envisage de mettre en place un revenu de base de 800 euros à tous ses habitants en remplacement de l’ensemble des allocations versés par l’État. La proposition finale ne sera présentée par le gouvernement qu’en novembre 2016, mais si cette expérience est menée à son terme, le pays nordique serait le premier à se lancer au niveau national dans la réalisation effective de cette vieille idée. Cette proposition dépendra d’une expérimentation qui sera menée en parallèle. L’étude pourrait faire varier le montant final de la somme versée.

Le principe du revenu de base repose sur l’aspect généralisé et inconditionnel de ce versement. Il doit également se substituer à toute autre forme de transfert social conditionné ou non, comme l’assurance chômage ou les allocations familiales. L’idée qui préside à ce revenu de base est que les demandeurs d’emploi seront davantage motivés pour chercher des emplois. Les détracteurs du revenu de base y voient un « encouragement à la paresse », mais ce pourrait aussi être un moyen pour beaucoup de reprendre des études et, donc, de changer plus aisément d’emploi.

Les trois buts visés par le gouvernement

L’ambition du gouvernement de droite finlandais est triple,selon Olli Kangas, un des scientifiques qui travaillent sur le projet.

D’abord, le revenu de base pourrait favoriser le travail partiel et temporaire. Les salariés disposant du « matelas de sécurité » du revenu de base seraient moins hésitants à accepter des tâches réduites et ponctuelles. Dans l’esprit du gouvernement, ceci contribuera à « fluidifier » le marché du travail et améliorerait la compétitivité des entreprises finlandaises, actuellement bien à la peine. Depuis quelques mois, le gouvernement impose des « réformes » sévères pour aller dans ce sens.

Deuxième objectif : supprimer les « découragements » à la recherche du travail. S’appuyant sur l’idée que le chômage repose sur le manque de volonté des demandeurs d’emploi, les concepteurs du revenu de base entendent encourager ceux qui, jusqu’ici touchaient des allocations chômage supérieures aux 800 euros mensuels à trouver rapidement un emploi. Une meilleure formation, soutenue par ce revenu de base, peut favoriser une meilleure mobilité professionnelle.

Enfin, Olli Kangas entend simplifier le système des allocations sociales en réduisant la bureaucratie. Le premier ministre finlandais, Juha Sipilä, du parti du centre, un parti de centre-droit plutôt libéral, a précisé que, selon lui, « un revenu de base signifie un système de sécurité sociale simplifié. » Le caractère inconditionnel et généralisé du revenu de base réduira le besoin de vérifier et remplir les modifications de revenus des allocataires. Les dépenses de l’État pourraient donc être réduites.

Coût ou gain ?

Pour la Finlande, la facture de cette expérience pourrait s’élever à 46,7 milliards d’euros par an, car le revenu de base n’est pas imposable. En 2013, selon l’office finlandais des statistiques, l’ensemble des dépenses sociales s’élevait à 50,43 milliards d’euros. Il y aurait donc une économie pour le budget du pays, sans compter les retombées attendues, si, effectivement, cette mesure est capable de réduire le taux de chômage et les dépenses administratives.

Grave crise

La Finlande traverse actuellement une des plus graves crises de son histoire économique de l’après-guerre. Le PIB du pays a reculé au troisième trimestre de 0,5 % sur un trimestre et de 0,2 % sur un an. L’économie du pays ne progresse plus depuis près de deux ans. Son taux de chômage se situe à 9,5 % de la population active en termes européens, contre 7,6 % voici trois ans. Le pays souffre d’une forte baisse de sa compétitivité par rapport à l’Allemagne, notamment. C’est là le problème principal de l’emploi dans le pays et la question de l’incitation au retour à l’emploi ne peut jouer qu’à la marge.

Trouver le bon montant

Dans un pays où le gouvernement multiplie les mesures d’austérité sans parvenir à redresser la croissance, la question du revenu de base sera celle de sa perception. 69 % des Finlandais y sont favorables selon les sondages, mais il faudra constater ses effets globaux sur la demande interne du pays. Pour certains, le revenu de base représentera une perte de revenus, pour d’autres un gain. Le plus difficile sera donc de trouver le bon curseur. L’expérience finlandaise risque donc de faire encore parler.

La Finlande envisage le lancement d’un revenu universel de 800 euros mensuels