4089 – La Dette dans l’Antiquité … Entretien avec l’économiste Michael Hudson (¾)

Économie – 12.novembre.2020 // Les Crises

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L’économiste américain Michael Hudson est l’auteur de « … Et Remettez-leur leurs Dettes : Prêts, saisie et rachat de la finance de l’âge de bronze à l’année du jubilé« . John Siman a pu s’entretenir longuement avec lui à propos de son deuxième volume sur l’effondrement de l’Antiquité.

Si vous avez manqué la première partie c’est 4071-La Dette dans l’Antiquité … Entretien avec l’économiste Michael Hudson (¼) par John Siman 3 novembre 2020

Si vous avez manqué la seconde partie c’est 4080 – La Dette dans l’Antiquité … Entretien avec l’économiste Michael Hudson (2/4)

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Michael Hudson

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John Siman : Il semble qu’en l’absence d’un « roi divin » du style d’Hammourabi ou d’une quelconque autorité civique régulatrice élue, des oligarchies apparaissent et exploitent leurs sociétés autant que faire se peut, tout en essayant d’empêcher l’économie victime de se défendre.
Hammourabi 2  Hammurabi, aussi connu sous le nom de Khammurabi, était le plus grand empereur de Babylone et l’un des plus grands souverains du monde. Il était le sixième empereur des Amorites, et il hérita du trône de son père, Sin-Muballit. Il est né dans la ville de Babylone en 1810 avant JC, aujourd’hui l’Irak. Sa contribution au développement de Babylone a été remarquable.CF/ https://anciennescivilisations.com/sujets-varies/top-10-generaux-antiquite#5_Hammurabi_vers_1792-1750_av_J-C

Michael Hudson : Les dirigeants du Proche-Orient subordonnèrent le crédit et la propriété foncière à l’objectif de maintenir la croissance et l’équilibre général. Ils empêchèrent les créanciers de transformer les citoyens en clients endettés, obligés de travailler pour rembourser leurs dettes au lieu de servir dans l’armée, de fournir de la main-d’œuvre par la corvée et de payer des loyers ou d’autres redevances au palais.

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JS : Donc, si l’on regarde l’histoire qui remonte à 2000 ou 3000 avant J.-C., une fois disparus les puissants « rois divins » du Proche-Orient, il semble qu’il n’y ait pas eu d’économie stable et libre. Les dettes n’ont cessé de s’accumuler pour provoquer des révoltes politiques. À Rome, cela commença avec la sécession de la Plèbe en 494 avant J.-C., un siècle après que l’annulation de la dette de Solon ait résolu une crise similaire à Athènes.

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MH : L’annulation de la dette au Proche-Orient s’est poursuivie dans les empires néo-assyrien et néo-babylonien au cours du premier millénaire avant J.-C., ainsi que dans l’empire perse.
Les amnisties de dettes et les lois protectrices des débiteurs empêchèrent l’esclavage de la dette que l’on trouve en Grèce et à Rome.
Ce que la langue moderne appellerait le « modèle économique » du Proche-Orient reconnaissait que les économies avaient tendance à se déséquilibrer, en grande partie à cause de l’accumulation de la dette et des divers arriérés de paiement. La survie économique exigeait en fait une éthique de la croissance et des droits pour que les citoyens (qui servaient dans l’armée) puissent subvenir à leurs besoins sans s’endetter et perdre leur liberté économique et leur liberté personnelle.
Au lieu de la solution drastique ultime de l’Occident, qui consistait à interdire les intérêts, les dirigeants annulaient l’accumulation de dettes personnelles pour rétablir un ordre idéalisé « comme les choses étaient jadis ».
Cette idéologie a toujours eu besoin d’être sanctifiée par la religion ou du moins par l’idéologie démocratique afin d’empêcher la privatisation prédatrice de la terre, du crédit et finalement du gouvernement.
La philosophie grecque mettait en garde contre la cupidité monétaire [πλεονεξία,pleonexia] et l’amour de l’argent [φιλοχρηματία, philochrêmatia], du législateur mythique Lycurgue de Sparte aux poèmes de Solon décrivant l’annulation de la dette en 594 et à la philosophie de Platon et de Socrate qui suivit, jusqu’aux pièces d’Aristophane.

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L’Oracle de Delphes avertit que l’amour de l’argent était la seule chose qui pouvait détruire Sparte [Diodorus Siculus 7.5]. Cela s’est effectivement produit après 404 av. J.-C., lorsque la guerre avec Athènes prit fin et que le tribut étranger se déversa dans l’économie réglementée, presque sans monnaie, de Sparte.

o-plato-facebook  PLATON

Le problème, décrit dans La République et transmis dans la philosophie stoïcienne, était d’empêcher une classe riche de développer une dépendance à la richesse, démesurée et nuisible à la société.
Les « tyrans » du VIIe siècle furent suivis par Solon à Athènes, qui interdit le luxe et les démonstrations publiques de richesse, notamment lors des funérailles pour les ancêtres. Socrate allait pieds nus [ἀνυπόδητος, anupodêtos] pour montrer son mépris de la richesse, et donc sa liberté à l’égard du statut conféré par celle-ci.
Pourtant, malgré cet idéal universel d’éviter les extrêmes, le pouvoir oligarchique devint économiquement polarisant et destructeur, promulguant des lois pour rendre irréversibles les revendications des créanciers et la perte de terres par les petits exploitants.

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C’était le contraire des annulations de dette Clean Slate du Proche-Orient et de l’année jubilaire du judaïsme.

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JS : Ainsi, malgré les idéaux de leur philosophie, les systèmes politiques grecs n’avaient pas de fonction similaire à des rois de type Hammourabi – ou à des rois philosophes d’ailleurs – habilités à tenir en échec les oligarchies financières. Cet état de fait conduisit les philosophes à développer une tradition économique de lamentation à la place. Socrate, Platon et Aristote, Tite-Live et Plutarque déplorèrent le comportement de l’oligarchie financière. Mais ils n’élaborèrent pas de programme pour rectifier le tir. Le mieux qu’ils pouvaient faire était d’inspirer et d’éduquer les individus – dont la plupart étaient leurs riches étudiants et lecteurs. Comme vous l’avez dit, ils léguèrent un héritage de stoïcisme. Voyant que le problème n’allait pas être résolu de leur vivant, ils produisirent un bel ensemble de littérature faisant l’éloge de la vertu philosophique.

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tite-live-histoire  TITE LIVE

838_plutarque01                       PLUTARQUE

MH : L’Université de Chicago, où j’étais étudiant dans les années 1950, s’est concentrée sur la philosophie grecque. Nous avons lu La République de Platon, mais l’enseignement passa sous silence la discussion sur la dépendance à la richesse. On évoqua les rois philosophes sans expliquer le point de vue de Socrate, selon qui les dirigeants ne doivent pas posséder de terres et d’autres richesses, pour éviter avoir l’étroitesse de vue caractéristique des créanciers monopolisant le contrôle de la terre et du travail.

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JS : Dans le Livre 8 de La République, Socrate condamne les oligarchies comme étant caractérisées par une insatiable avidité [ἀπληστία, aplêstia] pour l’argent et leur reproche notamment de permettre une polarisation entre les super-riches [ὑπέρπλουτοι, hyper-ploutoi] et les pauvres [πένητες, penêtes], rendus totalement démunis [ἄποροι, aporoi].

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MH : Il faut connaître le contexte de l’histoire économique grecque pour comprendre la principale préoccupation de la République. Les demandes populaires de redistribution des terres et d’annulation de la dette se sont heurtées à une résistance de plus en plus violente. Pourtant, peu d’histoires de l’Antiquité classique se concentrent sur cette dimension financière de la distribution des terres, de l’argent et des richesses.
Socrate disait que si vous laissiez les propriétaires terriens et les créanciers les plus riches devenir le gouvernement, ces derniers allaient probablement devenir dépendants à la richesse et transformer le gouvernement en un outil pour les aider à exploiter le reste de la société.

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À Chicago, nous n’avions aucune idée de cet argument central de Socrate sur le fait que les dirigeants sont sujets à la dépendance aux richesses. Le mot « oligarchie » n’est jamais apparu dans ma formation de premier cycle, et la philosophie égoïste d’Ayn Rand de l’école de commerce du « marché libre » est aussi opposée à la philosophie grecque qu’à la religion judéo-chrétienne.

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JS : Le mot « oligarchie » revient souvent dans le livre 8 de La République de Platon. Voici 3 passages : 1. À la page 550c, pagination Stephanus : « Et quel genre de régime », dit-il, « comprenez-vous par oligarchie [ὀλιγαρχία] ? » « Celui basé sur une qualification de la propriété », dis-je « dans lequel le riche [πλούσιοι] occupe un poste [550d] et le pauvre [πένης, penês] est exclu ». 2. 552a : « Demandez-vous maintenant si ce système politique [c’est-à-dire l’oligarchie] n’est pas le premier à admettre le plus grand de tous ces maux ». « Quoi donc ? « Le fait de permettre à un homme de vendre tous ses biens, qu’un autre est autorisé à acquérir, et après les avoir vendus, de continuer à vivre dans la ville, mais sans en faire partie, ni en tant que commerçant, ni artisan, ni chevalier, ni fantassin, mais seulement en tant que pauvre [πένης, penês] et indigent [ἄπορος, aporos]. » 552b] « C’est en effet le premier », dit-il. « Il n’y a certainement pas d’interdiction de ce genre de choses dans les états oligarchiques. Sinon, certains de leurs citoyens ne seraient pas excessivement riches [ὑπέρπλουτοι, hyper-ploutoi], et d’autres, de plus en plus pauvres [πένητες, penês] ». 3. 555b : « Alors, » dis-je, « la transition de l’oligarchie à la démocratie n’est-elle pas effectuée d’une telle manière – par l’effet de l’avidité insatiable [ἀπληστία, aplêstia] pour le bien que l’oligarchie s’est choisie pour principe et qui consiste en l’obtention de la plus grande richesse possible ? »

MH : En revanche, regardez où l’Antiquité a abouti au IIe siècle avant J.-C. Rome, à proprement parler, dévasta Athènes, Sparte, Corinthe et le reste de la Grèce.
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  • 14 novembre 89 av. J.-C. (1er janvier 666 du calendrier romain) : début à Rome du consulat de Lucius Cornelius Sulla I et Quintus Pompeius Rufus1.
    • Sylla bat les Samnites par une courte campagne. Quintus Metellus Pius prend Venusia, le chef marse Pompaedius Silo est tué lors d’une action remportée par le général romain Mamercus Aemilius. Nola est assiègée, et les restes des armées samnite et lucanienne se réfugient dans les forêts du Bruttium2.
    • Guerre civile à Rome : Publius Sulpicius Rufus renonce à sa qualité de patricien pour devenir tribun de la plèbe. Il lance une réforme électorale dans laquelle il répartit entre les trente-cinq tribus les Italiens et les affranchis confirmés, déplaçant la majorité dans les comices au profit de Caius Marius. Sylla est chargé par le Sénat romain de la lutte contre Mithridate VI mais un vote des Comices va attribuer le poste à Marius. Sylla, alors en Campanie, accourt à Rome. On se bat dans les rues et au forum, mais Sylla, faute d’armée, doit abandonner Rome. Décidé à un coup d’État, il réussit à acquérir le soutien de son armée et marche sur Rome, avec six légions (35 000 hommes). Marius et Sulpicius improvisent une guerre de rue. Il y a une échauffourée au Forum Esquilinium, mais les forces sont trop inégales. Sylla met en fuite les bandes démocratiques et occupe militairement la ville. Un sénatus-consulte annule pour vice de forme les lois de Sulpicius. Marius perd son commandement, et les Italiens et affranchis sont expulsés des trente-cinq tribus et reprennent leur statut électoral antérieur. Marius est déclaré hors la loi avec onze de ses amis politiques, dont Sulpicius, qui livré par un esclave, est égorgé. Marius réussit à gagner l’Afrique où il est reçu par le roi de Numidie Hiempsal II. Au début de 87 av. J.-C., Sylla embarque pour l’Orient1.
  • Avril, première guerre de Mithridate : Mithridate VI, après avoir détruit la Bithynie, alliée de Rome, envahit la province romaine d’Asie où il bat les garnisons d’Aquilius et soulève les villes grecques, puis la Grèce elle-même contre la domination romaine ; il encourage le massacre de la population romaine et italienne, en particulier les collecteurs d’impôt. 80 000 Romains et Italiens sont massacrés lors des Vêpres d’Éphèse. En Bithynie, Mithridate VI remplace Nicomède IV par son client Socratès Chrestos et établit ses quartiers à Pergame. Le légat romain Aquilius en fuite, lui est livré par les habitants de Mytilène. Il est exhibé par les villes de l’Asie, assis sur un âne et battu de verges, avant son exécution (Mithridate, pour le punir de sa cupidité, l’aurait fait périr en lui versant de l’or fondu dans la gorge)3.
  • Fin du printemps : le philosophe sophiste Aristion se fait élire stratège d’Athènes avec le soutien de Mithridate. Il envoie une expédition dirigée par le philosophe péripatéticien Apellicon pour prendre Délos. Mais une force romaine, commandée par Orbius, parvient à s’emparer de l’île avec une petite flotte et l’aide de marchands italiens. Elle est rapidement écrasée. Vers la fin de l’été, la flotte pontique, dirigée par Archélaos, fait le siège de Délos et ses troupes tuent 20 000 des habitants de l’île4.
  • Peu avant le 14 septembre : mort de Ptolémée X Alexandre Ier en Égypte. Début du second règne de Ptolémée IX Sôter II, rétabli sur le trône (fin en 81 av. J.-C.)5.
    • Ptolémée Alexandre, brouillé avec sa mère Cléopâtre III, rentre à Chypre. Son frère Ptolémée Sôter, reconstitue une armée en Syrie. Cette menace réconcilie Ptolémée Alexandre et sa mère. Mais dès que le danger est écarté, Cléopâtre veut une nouvelle fois se débarrasser de son fils Ptolémée Alexandre, mais celui-ci l’assassine. Son crime déclenche une révolte. Il offre l’Égypte au sénat romain, qui refuse, et doit s’enfuir. Ptolémée Sôter revient au pouvoir et gouverne les royaumes de Chypre et d’Égypte réunis. Il entre en triomphateur à Alexandrie, mais la Haute-Égypte entre en dissidence et il doit la soumettre par la force.
  • Automne : Rhodes ferme ses portes à Mithridate, qui après avoir détruit la flotte, échoue à prendre la place. Il se tourne contre Patara, en Lycie, mais échoue encore4.
  • En Judée, Alexandre Jannée se décide à négocier avec les Pharisiens révoltés. Ceux-ci refusent toute discussion et font appel au roi Séleucide Démétrios III qui bat Jannée près de Sichem. Cependant les 6 000 Juifs de l’armée de Démétrios l’abandonnent bientôt et ce dernier se hâte de regagner la Syrie. Jannée écrase alors les révoltés et s’empare de leurs chefs réfugiés dans Bémésélis (Misilya, au sud de Jenîn ?). Huit cents d’entre eux, ramenés enchaînés à Jérusalem, sont crucifiés au cours d’un banquet, tandis qu’on égorge sous leurs yeux leurs femmes et leurs enfants. Terrifiés, 8 000 opposants s’enfuient en exil (Damas ?)6.
  • Début du règne de Hiempsal, fils de Gauda, roi des Numides. Il se consacre à améliorer l’administration du royaume. Fin lettré, il écrit en langue punique un livre sur l’histoire de l’Afrique, aujourd’hui perdu7.
  • Mort de Mithridate II ; alors qu’un usurpateur, Gotarzès, règne sur la Babylonie et sur une partie de l’Iran (91/90-80 av. J.-C.), un souverain au nom inconnu, peut-être l’« Arsace Théopator Evergète » des monnaies retrouvées à Suse, règne jusqu’en 77 av. J.-C.. L’empire parthe entre en décadence ; les Sakas et les Tokhariens menacent la frontière du nord-ouest8.
CF/ https://fr.wikipedia.org/wiki/88_av._J.-C.
Lors des guerres mithriaques (88-63 av. J.-C.), les temples furent pillés et les villes se retrouvèrent endettées auprès des collecteurs d’impôts romains et des prêteurs d’argent italiens.
La civilisation occidentale ultérieure s’est développée non pas à partir de la démocratie d’Athènes, mais à partir d’oligarchies soutenues par Rome.

Les États démocratiques furent physiquement détruits, bloquant le pouvoir réglementaire des citoyens et imposant des principes juridiques favorables aux créanciers, rendant les saisies et les ventes forcées de terres irréversibles.

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JS:Il semble que l’Antiquité grecque et romaine n’ait pu résoudre le problème de la polarisation économique. Cela me donne envie de poser des questions sur notre propre pays : Dans quelle mesure l’Amérique ressemble-t-elle à Rome sous les empereurs ?

 

MH : Les familles riches ont toujours essayé de se « libérer » du pouvoir politique central de détruire la liberté des gens qu’elles endettent et de prendre leurs terres et leurs biens.
Les sociétés prospères maintiennent un équilibre. Pour cela, il faut que le pouvoir public contrôle et annule les excès de la quête de richesse personnelle, en particulier la dette garantie par le travail et la terre du débiteur ou d’autres moyens permettant à ce dernier l’autosuffisance. Les sociétés équilibrées doivent pouvoir d’inverser la tendance des dettes à croître plus vite que la capacité à être payées.

Cette tendance est un fil rouge dans l’histoire grecque et romaine.

Cette croissance excessive de la dette déstabilise également les États-Unis et les autres économies financiarisées d’aujourd’hui. Les intérêts bancaires et financiers se sont affranchis de l’obligation fiscale depuis 1980 et croissent non pas en aidant l’économie globale à croître et à améliorer le niveau de vie, mais bien au contraire en endettant la majeure partie de la société.

Cette classe financière prête également aux gouvernements et se fait payer en privatisant le domaine public.
Margaret Thatcher et Ronald Reagan, Margaret Thatcher et Ronald Reagan
Cette voie vers la privatisation, la déréglementation et la défiscalisation des richesses a réellement pris son envol avec Margaret Thatcher et Ronald Reagan, qui encouragèrent la philosophie anti-classique de Friedrich von Hayek et l’économie anti-classique de Milton Friedman et des Chicago Boys.
Friedrich von Hayek et Milton Friedman
Quelque chose de semblable arriva à Rome. Arnold Toynbee décrivit l’accaparement de terres par l’oligarchie, procurant à son aristocratie au pouvoir une richesse sans précédent, comme la revanche d’Hannibal.

Arnold Toynbee

Ce fut le principal héritage des guerres puniques de Rome contre Carthage, terminées vers 200 avant JC. Les riches familles romaines qui avaient contribué par leurs bijoux et leur argent à l’effort de guerre, prirent le pouvoir et déclarèrent que ce qui semblait à l’origine être des contributions patriotiques devait être considéré comme un prêt.

Le Trésor romain étant à sec, le gouvernement (contrôlé par ces riches familles) leur donna des terres publiques, l’ager publicus qui, autrement, auraient été utilisées pour installer les vétérans de la guerre et autres nécessiteux.

Lorsque vous héritez de richesses, vous avez tendance à penser qu’elles vous appartiennent naturellement, et non pas comme faisant partie du patrimoine de la société, utilisable à des fins d’entraide. Vous concevez la société comme une part de votre bien, et vous ne vous voyez pas comme partie de cette société. Vous devenez égoïste et de plus en plus prédateur à mesure que l’économie se contracte sous l’effet de vos accaparements et de la monopolisation de ses terres et de ses biens. Vous vous considérez comme exceptionnel, et vous justifiez cela en vous considérant comme ce que Donald Trump appellerait « un gagnant », non soumis aux règles des « perdants », c’est-à-dire le reste de la société. C’est un thème majeur de la philosophie grecque, de Socrate à Platon et Aristote en passant par les stoïciens. Ils voyaient un danger inhérent à une classe dirigeante de plus en plus riche et créancière au sommet d’une population endettée.

Si vous laissez une telle classe émerger hors de toute régulation sociale et des limites à l’égoïsme et l’orgueil personnels, le système économique et politique devient prédateur. Pourtant, telle fut l’histoire de la civilisation occidentale.

En l’absence d’une tradition jugulant la dette et la saisie des terres des petits exploitants, les États grecs et italiens apparus au VIIe siècle avant J.-C. prirent une orientation politique différente de celle du Proche-Orient. La civilisation occidentale ultérieure manqua d’une régulation à même d’alléger les problèmes de dette et de maintenir une large répartition des moyens d’autosuffisance.
Les mouvements sociaux-démocrates qui se sont développés de la fin du XIXe siècle jusqu’aux années 1980 cherchèrent à recréer de tels mécanismes de régulation,

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comme dans le trust-busting de Teddy Roosevelt,
l’impôt sur le revenu,

le New Deal de Franklin Roosevelt,

le New Deal de Franklin Roosevelt,
la social-démocratie britannique d’après-guerre.

Mais ces mesures visant à corriger les inégalités et la polarisation économiques sont aujourd’hui refoulées, entraînant l’austérité, la déflation de la dette et la concentration des richesses au sommet de la pyramide économique.

Lorsque les oligarchies prennent le contrôle du gouvernement, elles dominent le reste de la société, tout comme les seigneurs féodaux qui émergèrent des décombres de l’Empire romain en Occident.
Le pouvoir politique tend à refléter la richesse. La constitution à Rome pondérait le pouvoir de vote d’un individu en fonction de ses propriétés foncières, minimisant le pouvoir de vote des non-riches.
602x338_cmsv2_1858047f-9f7d-5351-8c85-08d6bd02518a-3707460  CF/https://fr.euronews.com/2019/03/06/et-les-plus-riches-surtout-des-hommes-au-monde-sont

Aujourd’hui, cette tendance est plus indirecte en ce qui concerne le financement privé des campagnes politiques aux États-Unis, transférant le pouvoir politique à la classe des donateurs, au détriment de la classe des votants.
L’effet est de faire en sorte que les gouvernements servent une classe financière et propriétaire plutôt que la prospérité de l’économie en général. Nous sommes donc dans une position très semblable à celle de Rome en 509 avant J.-C., lorsque les rois furent renversés par une oligarchie prétendant « libérer » leur société de tout pouvoir capable de contrôler les riches.

L’appel au « libre marché » est aujourd’hui un appel en faveur d’une déréglementation de la richesse issue de la rente, transformant l’économie en foire d’empoigne.

La Grèce et l’Italie classiques présentaient un défaut fatal : l’absence, dès leur naissance, d’une tradition d’économie mixte public/privée telle que celle existant au Proche-Orient, dans laquelle l’économie palatiale et les temples produisaient l’essentiel de l’excédent économique et les infrastructures.
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Une économie de palais, économie de redistribution ou encore économie palatiale1, est un système d’organisation économique dans lequel une part substantielle de la richesse passe par le contrôle d’une administration centralisée, le palais. Ensuite le palais diffuse et redistribue la richesse vers la population. Il était traditionnellement justifié par le principe que le palais était le plus à même de distribuer efficacement les richesses au profit de la société2,3.
L’économie palatiale serait au moins aussi ancienne que l’avènement des pharaons. Les anthropologues ont noté de nombreux systèmes de ce type, depuis ceux des tribus engagées dans des économies de subsistance mais aussi des civilisations comme celle de l’Empire Inca, qui affectait des segments de l’économie à des villages spécifiques.
Le fonctionnement d’une économie palatiale est fondée sur l’idée qu’une administration centrale planifie la production, affecte une partie de la population à sa réalisation, collecte les biens et services ainsi créés et enfin les redistribue aux producteurs.
Une économie palatiale est un type spécifique de système de redistribution dans lequel les activités économiques de la civilisation sont menées dans ou à proximité des locaux de l’administration centrale, les palais des monarques absolus. Il incombe à l’administration du palais de fournir aux producteurs les biens d’équipement pour la production d’autres biens et services, qui sont considérés comme la propriété du monarque.
Dans ces anciens systèmes de palais, les producteurs faisaient généralement partie du fonds de roulement. Du plus haut au plus bas, ils étaient liés à l’économie du palais par des liens de servitude ou de patronage. En contrepartie, le palais était responsable de couvrir les dépenses des producteurs. Il devait fournir nourriture, vêtements et abris. CF/ https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89conomie_palatiale
Sans ces prérogatives royales en ce domaine, l’Occident n’a jamais élaboré de politiques visant à empêcher une oligarchie créancière de réduire la population endettée à la servitude pour dettes et de saisir les terres des petits exploitants. Les partisans de l’amnistie des dettes étaient accusés de « chercher la royauté » à Rome, ou d’aspirer à la « tyrannie » (en Grèce).

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JS:Vous semblez dire que cet échec économique est le péché originel de l’Antiquité ainsi que son défaut fatal. Nous avons hérité d’elle une grande tradition philosophique et littéraire qui analyse et déplore cet échec, mais sans programme viable pour y remédier.

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MH:Cette vision a malheureusement été retirée du programme d’études classiques, tout comme la discipline économique met sous le boisseau le phénomène de la dépendance à la richesse.
Si vous suivez un cours d’économie, la première chose qu’on vous enseigne dans la théorie des prix est la diminution de l’utilité marginale : Plus vous avez de choses, moins vous en avez besoin ou moins vous en profitez. Vous ne pouvez pas prendre plaisir à le consommer au-delà d’un certain point. Mais Socrate et Aristophane soulignèrent qu’accumuler de l’argent n’est pas comme manger des bananes, du chocolat ou tout autre produit de consommation. L’argent est différent car, comme le disait Socrate, il crée une dépendance et devient rapidement un désir insatiable [ἀπληστία, aplêstia].

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JS:Oui, je comprends ! Les bananes sont fondamentalement différentes de l’argent parce qu’on peut arriver à satiété de bananes, mais on ne peut jamais avoir trop d’argent ! Dans votre prochain livre, L’effondrement de l’Antiquité, vous citez ce que dit Aristophane dans sa pièce Ploutos (le dieu de la richesse et de l’argent). Le vieil homme Chrémyle – son nom est basé sur le mot grec pour l’argent, chrêmata [χρήματα] – Chrémyle donc et son esclave jouent un duo à la louange de Ploutos comme cause première de tout dans le monde, en récitant une longue liste. Le fait est que l’argent est une chose singulière et spéciale : « O Dieu de l’argent, les gens ne se lassent jamais de tes dons. Ils se fatiguent de tout le reste ; ils se fatiguent de l’amour et du pain, de la musique et des honneurs, des gâteries et de l’avancement militaire, de la soupe de lentilles, etc. Mais ils ne se fatiguent jamais de l’argent. Si un homme a treize talents d’argent – 13 millions de dollars, disons – il en veut seize ; et s’il en obtient seize, il en voudra quarante, et ainsi de suite, et il se plaindra d’être à court d’argent tout le temps »

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MH : Le problème de Socrate était de trouver un moyen d’avoir un gouvernement qui ne serve pas les riches agissant de manière socialement destructrice. Étant donné que son élève Platon était un aristocrate et que les étudiants de Platon à l’Académie étaient également des aristocrates, comment peut-on avoir un gouvernement dirigé par des rois-philosophes ?
La solution de Socrate n’était pas pratique à l’époque : les gouvernants ne devaient avoir ni argent ni biens. Mais tous les gouvernements étaient fondés sur une évaluation de la propriété, donc sa proposition pour des rois-philosophes sans richesses était utopique. Et comme Platon et d’autres aristocrates grecs, ils désapprouvaient les annulations de dettes, accusant celles-ci d’être promues par des dirigeants populistes cherchant à devenir des tyrans.

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JS: En examinant l’histoire romaine dans son ensemble, votre livre décrit comment, siècle après siècle, les oligarques éliminèrent tous les défenseurs populaires énergiques dont les politiques menaçaient leur monopole du pouvoir politique et leur pouvoir économique en tant que créanciers et partisans d’une privatisation à leur profit du domaine public, l’ager publicus de Rome.  J’ai apporté avec moi dans le train La guerre des Gaules de César. Que pensez-vous de César et comment les historiens ont-ils interprété son rôle ?

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MH:La fin du 1er siècle avant J.-C. fut un bain de sang pendant deux générations avant que César ne soit tué par des sénateurs oligarchiques. Je pense que sa carrière illustre ce qu’Aristote disait des aristocraties qui se transforment en démocraties : il a cherché à grouper la majorité des citoyens dans un camp leur étant propre pour s’opposer aux monopoles aristocratiques de la propriété foncière, des tribunaux et du pouvoir politique.

160315_j01v9_pluson_jules_cesar_sn1250  CESAR

César chercha à corriger les pires abus du Sénat oligarchique qui étouffaient l’économie de Rome et même une grande partie de l’aristocratie.
Theodor Mommsen, de son nom complet Christian Matthias Theodor Mommsen (18171903), est un historien allemand et le plus influent spécialiste de la Rome antique du XIXe siècle. Il est l’auteur d’une monumentale Histoire romaine et d’un Corpus Inscriptionum Latinarum encore actualisé et mis à jour. Cette œuvre immense et exceptionnelle est couronnée en 1902 par le prix Nobel de littérature. …/… Si l’ensemble de son œuvre est aujourd’hui largement dépassé, elle n’en reste pas moins une référence incontournable pour les spécialistes de la Rome antique, tant du point de vue de sa rigueur scientifique que de son importance dans l’histoire de la discipline.[réf.  …/… CF/ https://fr.wikipedia.org/wiki/Theodor_Mommsen
Mommsen est l’historien le plus célèbre à décrire avec quelle rigueur et quelle fermeté le Sénat s’est opposé aux tentatives démocratiques de jouer un rôle dans l’élaboration des politiques au profit de l’ensemble de la population, ou de défendre les débiteurs perdant leurs terres au profit de créanciers, qui dirigeaient le gouvernement dans leur propre intérêt.
Il décrivit comment Sylla renforça l’oligarchie contre Marius, et comment Pompée soutint le Sénat contre César. Mais la concurrence pour le poste de consul et d’autres postes n’était en fait qu’une lutte personnelle entre des individus rivaux, et non des programmes politiques concrets. La politique romaine fut autocratique dès le début de la République, lorsque l’aristocratie renversa les rois en 509 av. J-C. La politique romaine pendant toute la République fut une lutte de l’oligarchie contre la démocratie et la population dans son ensemble.
Les patriciens utilisèrent la violence pour se « libérer » de toute autorité publique capable de contrôler leur propre monopole du pouvoir, de l’argent et des terres acquises en expropriant les petits propriétaires et en s’emparant du domaine public lorsque celui-ci était sur le point d’être saisi par les peuples voisins.
1011187-La_conquête_romaine Rome antique (entre 264 et 27 avant J.-C.)… cf/  https://www.larousse.fr/encyclopedie/autre-region/Rome_antique/187437

L’histoire romaine d’un siècle à l’autre narre les assassinats des partisans de la redistribution des terres publiques au peuple au lieu de les laisser aux mains des patriciens, les meurtres des partisans de l’annulation de la dette ou même simplement d’une amélioration des cruelles lois sur les dettes.
D’une part, Mommsen idolâtrait César comme s’il était une sorte de démocrate révolutionnaire. Mais étant donné le monopole total de l’oligarchie sur le pouvoir et la force politiques, Mommsen reconnût que dans ces conditions, il ne pouvait y avoir de solution politique à la polarisation économique et à l’appauvrissement de Rome. Il ne pouvait y avoir que l’anarchie ou une dictature. Le rôle de César était donc celui d’un dictateur – largement dépassé en nombre par son opposition.

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Sylla et  Pompée
Une génération avant César, Sylla avait pris le pouvoir militairement, amenant son armée à conquérir Rome et se faisant dictateur en 82 av. J-C. Il dressa une liste de ses opposants populistes qui seront assassinés et leurs biens confisqués par leurs assassins. Il fut suivi par Pompée, qui aurait pu devenir dictateur mais qui n’avait pas beaucoup de sens politique, si bien que César sortit victorieux. Contrairement à Sylla ou Pompée, César chercha à mettre en place une politique plus réformiste pour mettre un frein à la corruption sénatoriale.

Le seul « programme politique » du Sénat oligarchique était l’opposition à la « royauté » ou à tout autre pouvoir capable de contrôler sa politique d’accaparement de terres et sa corruption.

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Les oligarques assassinèrent César, comme ils avaient tué Tibère et Gaius Gracchus en 133 et 121, le préteur Asellio qui cherchait à alléger le fardeau de la dette de la population en 88 en essayant de faire appliquer les lois pro-débiteurs, et bien sûr les partisans populistes de l’annulation de la dette comme Catilina et ses partisans. Tous les réformateurs potentiels furent assassinés dès le début de la République après que l’aristocratie eut renversé les rois de Rome.

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JS : Si César avait réussi, quel genre de dirigeant aurait-il pu être ?

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MH : À bien des égards, il était comme les tyrans-réformateurs des VIIe et VIe siècles à Corinthe, Mégare et dans d’autres villes grecques. Ils étaient tous membres de l’élite dirigeante. Il essaya de mettre un terme aux pires excès et aux accaparements de terres de l’oligarchie, et comme Catilina, Marius et les frères Gracchus avant lui, d’améliorer les problèmes rencontrés par les débiteurs.
Mais à son époque, les Romains les plus pauvres avaient déjà perdu leurs terres, de sorte que les dettes les plus importantes étaient dues par des propriétaires terriens plus riches. Sa loi sur la faillite ne profitait qu’aux riches qui avaient acheté des terres à crédit et ne pouvaient pas payer leurs prêteurs, car la longue guerre civile de Rome avait perturbé l’économie. Les pauvres avaient déjà été mis à terre. Ils soutenaient César principalement pour ses efforts de démocratisation de la politique aux dépens du Sénat.

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JS : Après son assassinat, nous avons l’héritier de César, Octave, qui devient Auguste. Nous avons donc la fin officielle de la République et le début d’une longue lignée d’empereurs, le Principat. Pourtant, malgré la diminution permanente de l’autorité du Sénat, la polarisation économique ne cesse de s’accentuer. Pourquoi les empereurs n’ont-ils pas pu sauver Rome ?

Tiberius et Caius Graccus  Tiberius et Caius Graccus

MH: Laissez-moi vous exposer cette analogie : tout comme les réformateurs industriels du XIXe siècle pensaient que le rôle politique du capitalisme était de réformer l’économie en éliminant l’héritage du féodalisme – une aristocratie terrienne héréditaire et un système financier prédateur basé principalement sur l’usure – ce qui s’est effectivement passé ne fut pas une évolution du capitalisme industriel vers le socialisme.
Au contraire, Tiberius et Caius GraccusÀ Rome, vous avez eu la fin de l’oligarchie sénatoriale suivie non pas d’une autorité centrale puissante et libératrice de dettes (ce que, selon Mommsen, César poursuivait – comme beaucoup de Romains l’espéraient aussi) mais d’un État impérial militaire encore plus polarisé.

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JS: C’est effectivement ce qui s’est passé. Les empereurs qui régnèrent dans les siècles qui suivirent César insistaient pour être déifiés – ils étaient officiellement « divins », selon leur propre propagande.  Aucun d’entre eux n’avait-il le pouvoir potentiel d’inverser la polarisation toujours plus grande de l’économie romaine, comme les « rois divins » du Proche-Orient à partir du troisième millénaire avant J.-C., jusqu’à l’Empire néo-assyrien, néo-babylonien et même persan au premier millénaire ?
Trois personnages féminins assis lèvent les mains.3000 ANS AVANT JC  Trois personnages féminins assis lèvent les mains.Sceau de l’époque dite de Jemdet Nasr (3300-2900 av. J.-C.). Matériau indéterminé. Hauteur: 24 mm. © BnF, LabEx Passés-Présent. Mésopotamie du sud. DMMA BnF C 1, P476448 (Image N. Ouraghi, K. Kelley)

MH:L’inertie du statu quo et des intérêts de Rome parmi la noblesse patricienne était si forte que les empereurs n’avaient pas autant de pouvoir. Surtout, ils n’avaient pas de cadre conceptuel et intellectuel pour changer la structure de base de l’économie à mesure que la vie économique se désurbanisait et se déplaçait vers des domaines autosuffisants quasi-féodaux. L’amnistie de la dette et la protection, en tant que socle militaire de base, des petits propriétaires terriens autosuffisants payant l’impôt ne furent réalité que dans l’Empire romain d’Orient, à Byzance, sous les empereurs des IXe et Xe siècles (comme je l’ai écrit dans mon histoire de l’annulation de la dette dans … et remettez-leur leurs dettes).

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Les empereurs byzantins purent faire ce que les empereurs romains d’Occident ne purent réaliser. Ils annulèrent l’expropriation des petits exploitants et remirent leurs dettes afin de maintenir une population libre de payer des impôts, capable de servir dans l’armée et d’assurer des tâches de travail public. Mais aux XIe et XIIe siècles, la prospérité de Byzance permit à son oligarchie de créer ses propres armées privées pour lutter contre l’autorité centralisée à même de les empêcher de s’emparer des terres et du travail.
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Il semble que les derniers rois de Rome aient fait quelque chose du même ordre. C’est ce qui attira les immigrants à Rome et permit son essor. Mais avec la prospérité vint le pouvoir croissant des familles patriciennes, qui entreprirent de déloger les rois. Leur règne fut suivi d’une période de dépression et de grèves de la majorité de la population pour tenter d’imposer une meilleure politique. Mais cela ne pouvait pas aboutir en l’absence de droit de vote démocratique, aussi se tourna-t-on vers le pouvoir personnel d’un leader, sujet à la violence patricienne visant à faire avorter toute véritable démocratie économique.
https://www.herodote.net/Images/Constantinoplecroisesminiature.jpg  Quelques mois plus tard, la population se rebelle contre les chevaliers venus d’Occident, que la découverte de Constantinople et de ses fabuleuses richesses a rendus particulièrement cupides. C’est ainsi que ces derniers attaquent une nouvelle fois la « deuxième Rome » le 12 avril 1204. Il ne s’agit plus d’une simple occupation mais d’une mise à sac de la prestigieuse cité CF/https://www.herodote.net/12_avril_1204-evenement-12040412.php

Dans le cas de Byzance, l’oligarchie qui évitait l’impôt affaiblit l’économie impériale au point que les Croisés purent piller et détruire Constantinople. Les envahisseurs islamiques purent ensuite recoller les morceaux.

2068799JACQUES DE MOLAY sera brûlé vif, à Paris, sur ordre de Philippe le Bel. Au terme d'un procès inique. © Belga

JACQUES DE MOLAY sera brûlé vif, à Paris, sur ordre de Philippe le Bel. Au terme d’un procès inique. © Belga

Le point le plus pertinent de l’étude de l’histoire aujourd’hui devrait être la manière dont le conflit économique entre créanciers et débiteurs a affecté la distribution des terres et de l’argent. La tendance d’une classe supérieure de riches à mener des politiques autodestructrices qui appauvrissent la société devrait être l’objet de la théorie économique. Nous en parlerons dans la quatrième partie.

Les derniers mystères des Templiers

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…/…Ce n’est donc pas du côté du Temple qu’il faut chercher les causes de sa disparition, mais du côté de Philippe le Bel. Pour le roi, une institution indépendante et internationale de 15 000 hommes échappant à sa tutelle est une menace. A un second niveau, l’affaire du Temple est un bras de fer entre lui et Boniface VIII : ce pape, agressé dans son palais d’Agnani par les troupes françaises, avait excommunié Philippe le Bel. Ce dernier va alors se servir du Temple pour obtenir de Clément V, successeur de Boniface VIII, un règlement à son avantage : un procès en hérésie intenté à la mémoire de Boniface VIII, sans quoi il menace de quitter l’Eglise de Rome. En d’autres termes, le deal est : soit sauver l’unité de l’Eglise, soit sacrifier le Temple. Clément V se résout à sacrifier le Tmple – on apprendra qu’il le condamne mais sans statuer sur sa culpabilité d’hérésie.

Un secret honteux

A l’aube du 13 octobre 1307, le roi fait arrêter tous les Templiers du royaume, et saisit leurs biens. Il les accuse d’hérésie : lors de leur cérémonie d’admission, les Templiers renieraient le Christ, cracheraient sur la croix et adoreraient une idole. Sous la torture, systématiquement appliquée, on obtient d’eux les aveux recherchés.

A-t-on cru les Templiers coupables d’hérésie ? Dans son livre, Arnaud de la Croix s’attarde sur une énigme historique – le rituel d’admission -, à laquelle il apporterait une explication, aujourd’hui validée par deux historiens médiévistes de renom. L’auteur s’est en effet livré à l’examen minutieux des aveux des Templiers, en leur appliquant la grille de lecture psychosociale en vigueur pour des phénomènes tels que le bizutage. On y découvre un rituel très codifié et empreint d’occultisme. Temps fort de l’initiation : une pratique consistant à renier trois fois le Christ, à lui cracher à la face, voire à baiser le nombril ou l’anus du frère préposé. Pour l’expliquer, l’auteur met en lumière « un dispositif inavouable » dont le but est de bâtir la cohésion au sein de l’ordre. Comment ? En soumettant le candidat à des épreuves d’initiation fortes, où la transgression est exigée au moins formellement. « Le nouveau membre s’abaisse devant témoin et, surtout, se compromet. Tout comme se compromet le réceptionnaire (ou son délégué) et, avec lui, l’ordre entier. Ainsi se forge un « secret honteux généré par le groupe et soudant ses mmbres dans la peur ».

Au terme d’un procès politique truqué de sept ans, les Templiers sont condamnés. Nombre d’entre eux meurent en prison, de vieillesse ou de mauvais traitements. Une centaine périssent sur le bûcher. Jacques de Molay, grand maître de l’ordre du Temple, est brûlé à Paris. C’était le 18 mars 1314. Ce que l’historien Julien Théry décrit comme « la première magouille d’Etat » vient de s’achever. Et un mythe vient de naître.

Les Templiers, chevaliers du Christ ou hérétiques ? La clef de l’énigme, par Arnaud de la Croix, Tallandier, 335 p  CF/ https://www.levif.be/actualite/international/les-derniers-mysteres-des-templiers/article-normal-393061.html?cookie_check=1605439539

https://www.les-crises.fr/la-dette-dans-lantiquite-entretien-avec-leconomiste-michael-hudson-3-4/

Une réflexion au sujet de « 4089 – La Dette dans l’Antiquité … Entretien avec l’économiste Michael Hudson (¾) »

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