3878 – UE >> Calvinisme et « sobriété » – les Néerlandais mènent la danse de la frugalité dans l’UE  8 juillet 2020

La longue liste des dirigeants européens à s’être récemment entretenus avec le Premier ministre néerlandais Mark Rutte, en vue d’un sommet à Bruxelles la semaine prochaine, souligne le rôle clé que jouent les Pays-Bas dans les négociations. [EPA-EFE/BART MAAT]

Les Pays-Bas, en essayant de contenir les dépenses européennes liées au Covid-19, se placent de nouveau en tant que défenseurs d’une modération économique motivée par un mélange de frugalité calviniste et de pragmatisme politique, avancent les experts.

Surnommés les pays « frugaux » avec l’Autriche – la Suède et le Danemark – les Pays-Bas se sont distingués par leur volonté de freiner un plan de relance de 750 milliards d’euros proposé par la Commission européenne visant à aider les pays les plus durement touchés par la pandémie de nouveau coronavirus.

Pour les « quatre frugaux », dont la position a été accueillie avec amertume dans les autres pays de l’Union, ce plan de relance économique bénéficiera avant tout aux États du Sud.

Réputés pour leur inflexibilité sur les questions budgétaires, les Pays-Bas sont devenus au cours de la dernière décennie le porte-drapeau de la parcimonie des pays du Nord de l’Europe, longtemps représentée par l’Allemagne. Berlin a toutefois créé la surprise en s’alliant à la France sur le plan de sauvetage.

le Premier ministre néerlandais Mark Rutte 1136_000_1qb154  le Premier ministre néerlandais Mark Rutte

La longue liste des dirigeants européens à s’être récemment entretenus avec le Premier ministre néerlandais Mark Rutte, en vue d’un sommet à Bruxelles la semaine prochaine, souligne le rôle clé que jouent les Pays-Bas dans les négociations.

La position néerlandaise, vivement critiquée ces derniers mois, trouve ses racines dans la culture et l’histoire du pays, selon les observateurs.

Jos Versteeg, analyste chez la banque privée InsingerGilissen. HAA2019_jos_versteeg_web_ee45fb1e-f9f9-4a30-a27f-7c5b791574d8  Jos Versteeg, analyste chez la banque privée InsingerGilissen.

« Cela est vraiment lié à notre contexte culturel. Nous sommes une nation de prédicateurs et de vendeurs », a déclaré Jos Versteeg, analyste chez la banque privée InsingerGilissen.

« Dans le nord (de l’Europe), tout a à voir avec le calvinisme et le protestantisme – vivez une vie sobre, n’affichez pas votre richesse. Dans le sud, la culture est différente », explique-t-il à l’AFP.

« Travail acharné, vie frugale »

Les Néerlandais ont été les premiers adeptes de Jean Calvin, théologien français et réformateur protestant du XVIe siècle, dont de nombreux aspects de la doctrine persistent.

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L’ancien Premier ministre néerlandais Jan Peter Balkenende avait ainsi appelé les Pays-Bas « la nation la plus calviniste du monde », ajoutant: « Travail acharné, vie frugale et ténacité d’opinion: c’est la composition typique des Néerlandais ».

Les Pays-Bas, qui ont également un fier passé de nation commerçante, sont désormais connus en Europe comme la voix de la fermeté en ce qui concerne tout plan de sauvetage destiné au sud, notamment pendant la crise de la dette grecque.

jeroen-dijsselbloem-president-de-l-eurogroupe-lors-d-une-reunion-europeenne-le-20-fevrier-2015-a-bruxelles_5986372 Jeroen Dijsselbloem, président de l’Eurogroupe

Jeroen Dijsselbloem, président de l’Eurogroupe à l’époque, avait créé la controverse en laissant entendre que les pays d’Europe du Sud dépensaient leur argent « en alcool et en femmes ».

Les Pays-Bas affichent aujourd’hui la même raideur quant au plan de relance européen lié au Covid-19, plaidant pour que toute aide prenne la forme de prêts assortis de solides promesses de réformes et non de subventions.

mark_rutte_sipa Mark Rutte 

En vue du sommet, Mark Rutte rencontrera jeudi la chancelière allemande Angela Merkel. Il a également discuté avec le président français Emmanuel Macron, un entretien qui a amélioré les perspectives d’un accord, selon une source à l’AFP.

« Sobriété » économique

Pour les experts, l’appel des Néerlandais à des réformes économiques a autant à voir avec leur politique intérieure qu’avec leur désir de changer l’UE.

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« Toutes les politiques sont locales. Je pense qu’une explication majeure est nationale et non internationale », analyse Bas Jacobs, professeur d’économie à l’Université Erasme de Rotterdam.

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Les Pays-Bas, où les prochaines élections législatives auront lieu en 2021, voient en effet des partis d’extrême droite gagner du terrain.

« Les partis de centre-droit ont peur des partis populistes de droite qui sont contre l’UE et tout y est lié », ce qui explique en partie la rigueur des suggestions néerlandaises auprès de l’Union, estime M. Jacobs.

L’idée que les Néerlandais sont « des gens économiquement sobres est quelque chose que les politiciens aiment vraiment exploiter », observe-t-il.

La semaine dernière, Mark Rutte a réitéré que des réformes dans les pays du Sud étaient une « condition préalable absolue » à un accord sur un plan de sauvetage.

Les analystes mettent cependant en garde les Pays-Bas, l’un des pays fondateurs de l’UE, face à une politique européenne trop économe. « Je pense qu’ils ont fait une erreur en ne voulant pas agir généreusement alors que toute l’Europe était en feu », regrette M. Jacobs.


source / https://www.euractiv.fr/section/economie/news/calvinisme-et-sobriete-les-neerlandais-menent-la-danse-de-la-frugalite-dans-lue/

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