3326 – “Le mur a chuté, et nous sommes tombé”… & … La financiarisation de l’économie …

  1. “Le mur a chuté, et nous sommes tombé”…

  2. La financiarisation de l’économie

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“Le mur a chuté, et nous sommes tombé”

Rédigé par Bill Bonner*  – 2 mai 2019 – La-Chronique-Agora

Les êtres humains sont généralement idiots… et la conjoncture actuelle, où l’on favorise l’argent factice au détriment de l’économie réelle, en est la parfaite illustration.

“Vraiment… à ton âge… tu devrais être plus raisonnable”.

Nous étions tout juste de retour de notre cottage en ruine, dimanche dernier. Nous contions une épopée héroïque dont votre rédacteur était le héros.

Nous expliquions que nous étions en train de mettre en place les poutres du toit, en marchant sur le haut du mur, lorsque ledit mur s’est effondré.

Nous avions fait une chute de près de deux mètres, mais nous étions indemne.

Tous idiots !

Il y a de jeunes idiots… et de vieux idiots… mais, d’une manière générale, tous les êtres humains sont idiots.

Ils ont été conçus par la nature pour faire des choses dangereuses, difficiles et souvent parfaitement stupides – chasser, se battre, faire la course, construire, se lancer dans des campagnes électorales.
Ensuite, une fois que la poussière est retombée, ils se retrouvent autour d’un feu de camp et échangent des anecdotes.

“Cet endroit est dangereux, n’importe qui peut le voir. Tu aurais dû nettoyer tout ça et réparer les murs avant d’essayer d’y travailler. D’autant que tu es tout seul”…

Elizabeth avait raison.

Le plan consistait à mettre en place un toit de tôle, rapidement. Ensuite, étant à l’abri, nous prendrions le temps de renforcer les murs et de sortir les débris. C’était un plan idiot.

Néanmoins, nous avons décidé de nous y tenir. Après une tasse de café et un peu de repos, nous sommes remonté sur le mur et avons continué notre travail.

mur du cottage de BillUne portion du mur du cottage abandonné s’est effondrée dimanche

A présent, nous avons affaire à une sorte d’idiotie très différentes. Et à différentes sortes d’accidents.

Déjà en récession

On a appris fin de semaine dernière que l’économie américaine connaît une croissance solide.

Hosannah au plus haut des cieux.

  • Attendez… qu’est-ce que c’est que ça ?

  • Les dépenses de consommation ont été divisées par deux par rapport au trimestre précédent ?

  • Les dépenses de consommation personnelle frôlent un plancher de près de cinq ans ?

  • L’investissement des entreprises a lui aussi chuté, passant de 5,7% au quatrième trimestre 2018 à seulement 2,7% au premier trimestre 2019 ?

  • La croissance du secteur privé a été la plus faible en six ans ?

  • Et l’unique raison pour laquelle ce chiffre était aussi sain – 3,2% – était dû aux stocks, aux importations et aux dépenses gouvernementales ?

Le site MarketWatch :

“Le ratio ventes finales/achats domestiques privés a chuté pendant trois trimestres consécutifs. Les dépenses de consommation ont baissé pendant trois trimestres d’affilée. Les investissements des entreprises se développent à un quart de leur rythme du premier trimestre 2018, date où la réduction d’impôts pour les entreprises a commencé à faire effet.
La baisse d’impôts était censée aider le secteur privé à mettre le turbo, ce qu’elle a fait – pendant quelques trimestres”.

L’un des indicateurs clé est le calcul de l’inflation par le gouvernement, qui la met à moins de 2% au premier trimestre. Ce chiffre est peu fiable. Les prix réels payés par des gens réels grimpent bien plus rapidement.

ShadowStats, qui calcule l’inflation comme les autorités le faisaient en 1990, met le taux d’inflation à plus de 5%. Si c’est vrai, l’économie US est déjà en récession (croissance nominale de 3,2% – 5% d’inflation = croissance négative de 1,8%).

graphique inflation officielle vs ShadowStats

Mais si les chiffres de l’inflation des autorités ne nous donnent pas beaucoup d’informations exactes, la direction est parlante. L’inflation n’augmente pas ; elle chute. Cela aussi signale une faiblesse de l’économie réelle.

L’avenir indique une récession

La baisse d’impôts n’a pas vraiment réduit le coût du gouvernement. Elle l’a simplement transféré vers la dette… sur les épaules du public et de l’avenir. A présent, l’avenir commence à apparaître.

Les dépenses baissent. Les économies dues aux réductions d’impôts ont déjà été dépensées. L’économie ralentit.

En rendant l’argent aux entreprises – qui ont profité de la majeure partie de la baisse d’impôts –, l’idée était qu’elles investiraient dans de nouvelles usines et de nouvelles sources de production de richesse (formation et nouvelles technologies, notamment).Cette “relance” se répercuterait à toute l’économie, créant de nouveaux emplois et une augmentation de la production.

Au lieu de cela, les entreprises se sont emparées de l’argent facile… et emprunté le chemin le plus facile aussi. Elles ont acheté leurs propres actions, créant ainsi peu de vraie croissance dans l’économie réelle… mais contribuant à un boom factice sur les marchés boursiers.

Ce n’est là que le dernier épisode en date de toute cette sordide histoire de “financiarisation”.[1]

Elle pousse les entreprises à abandonner leur véritable mission – satisfaire les clients en ajoutant de la richesse réelle à l’économie – en faveur de trucages et d’escroqueries liés à l’argent facile.

Cela fait passer l’argent de l’économie réelle vers l’industrie financière. Les mères veulent désormais que leurs petits aillent travailler dans la finance – pas dans l’acier, le bois ou le pétrole.

Les revenus des élites et de l’économie financiarisée augmentent, tandis que les revenus de ceux qui fabriquent de vraies choses et fournissent des services réels déclinent.

Les actions grimpent alors même que les entreprises qu’elles représentent stagnent. L’économie semble “se développer” alors que la plupart des gens s’appauvrissent.

Plus cela continue, plus l’économie tout entière commence à s’affaiblir et s’affaisser, devenant de plus en plus dépendante de l’argent factice.

La fausse monnaie produit une fausse économie… mais elle produit de la vraie dette. Et cette bombe de dette finit par exploser.

Bill Bonner* président et Directeur de Agora Inc, l’une des plus grandes sociétés de bulletins d’informations financières qu’il a fondée en 1979. Il est le créateur de la Chronique Agora, une lettre d’information financière envoyée via e-mail, où s’expriment également Simone Wapler et Philippe Béchade.Bill Bonner est un observateur non-conformiste du monde financier et politique. Son esprit acerbe et aiguisé, s’oriente en particulier contre les caprices des investisseurs. Les fluctuations économiques, les bulles des tulipes et des startups d’internet sont analysés non pas sous l’angle des statistiques sèches et obscures mais à l’aide de métaphores et d’analogies de la littérature. Or, dans son livre, Mobs, messiahs, and markets : surviving the public spectacle in finance and politics, William Bonner et la journaliste indépendante, Lila Rajiva, utilisent l’économie littéraire pour livrer leurs points de vues sur le comportement de masse et ses effets dévastateurs sur la société. Pourquoi, demandent-ils, des individus parfaitement sains et responsables peuvent-ils se rassembler, et par un certain tour d’alchimie étrange se transforment en une foule irrationnelle ?

SOURCE/ https://la-chronique-agora.com/mur-chute-sommes-tombe/


La-Chronique-Agora-2-1

 

La financiarisation de l’économie

Rédigé par Bill Bonner – 30 avril 2019 – La-Chronique-Agora

L’argent factice et les taux bas font disparaître les entreprises traditionnellement rentables au profit d’entreprises financières cherchant à gagner plus d’argent factice.

La mer est de mauvaise humeur. Nous sommes dans une chambre d’hôtel avec vue sur la baie d’Ardmore.

Cela ressemble à un navire de croisière échoué sur la rive. Nous voyons la mer et ses humeurs changeantes mais nous n’en faisons pas partie.

Un jour elle est furieuse, ses vagues écumantes claquant contre les rochers. Le lendemain elle est toute guillerette, d’un bleu profond, étincelante de soleil.

Aujourd’hui, elle est morose… sans vagues du tout. Même les nuages, très bas, semblent bouder…

baie d'Ardmore

L’Atlantique boude dans la baie d’Ardmore

Détournons-nous de notre balcon pour revenir à notre écran d’ordinateur…

Un chiffre vertigineusement sinistre

Nous ne faisons confiance à aucun “fait” trouvé sur internet… à moins de l’avoir nous-même inventé.

Hier [1], nous avons parlé d’un chiffre découvert par les chercheurs de Goldman Sachs qui était si pervers… si bizarre… et si vertigineusement sinistre que nous avons douté de sa véracité.
Nous sommes revenus à la source deux fois pour nous en assurer.
Cela semble pourtant bel et bien vrai.

Ces dix dernières années, pour chaque action achetée – en termes nets – par le public, les étrangers, les fonds de pension, les fonds d’investissement ou autres acheteurs institutionnels (les acheteurs d’actions normaux, en d’autres termes), les entreprises elles-mêmes en ont acheté près de 50.

De Goldman Sachs :

“Les rachats ont été la plus grande source de demande d’actions américaines depuis 2010, atteignant en moyenne 421 Mds$ par an. En comparaison, durant cette période, en moyenne chaque année, la demande d’actions de la part des ménages, fonds d’investissement, fonds de pension et investisseurs étrangers a été de moins de 10 Mds$ par catégorie”.

En d’autres termes, la plus grosse source de demande pour les actions – et de loin – ne venait pas des investisseurs ; elle provenait des entreprises, par le biais de rachats ou d’acquisitions.

Le calcul est assez simple.

Une entreprise dont les coûts de capitaux se montent à 4% pourrait acheter ses propres actions, gagnant, disons, 8%. Ces achats réduiraient le nombre d’actions en circulation ; augmenteraient les revenus par actions ; feraient grimper le cours ; déclencheraient les programmes de primes et d’intéressement ; et, d’une manière générale, mettraient le sourire aux lèvres des investisseurs.
Rappelez-vous qu’entre 2012 et 2019, l’économie américaine se traînait à 2,5% de croissance par an. Les salaires stagnaient. Avant impôts, les revenus tirés de l’économie réelle stagnaient aussi. Pourtant, le S&P 500 a doublé entre 2012 et 2019 – grâce aux achats des entreprises.

Une blessure ouverte sur le visage du capitalisme

Ce phénomène est devenu visible, comme une blessure ouverte sur le visage du capitalisme, il y a cinq ans environ.

A l’époque, nous plaisantions en disant que les entreprises ne tarderaient pas à emprunter de l’argent pour acheter aussi leurs propres produits.

Tout cela devient encore plus bizarre si l’on pousse le raisonnement un peu plus loin. Le rendement actuel des obligations d’entreprises AAA, par exemple, n’est que de 3,69%. Disons qu’une entreprise encaisse sur ses ventes une marge de 15%.
Ainsi, si elle emprunte un milliard de dollars pour acheter ses propres produits… elle gagnerait 150 M$ sur les ventes tout en ne payant que 36,9 M$ d’intérêts. Ses ventes augmentent donc. Ses profits augmentent. Inévitablement, le cours de l’action augmente aussi.
C’était une plaisanterie.

Mais maintenant, la blessure atteint l’os… et l’attitude des entreprises est presque aussi absurde que notre boutade.

Elles perdent des milliards de dollars dans l’économie réelle (Lyft… Uber… Tesla) et comptent sur l’argent de l’industrie financière pour les garder à flot.

Elles perdent de l’argent sur chaque vente, mais comblent le manque à gagner avec des actions ou du crédit – qui sont disponibles à des termes exceptionnellement avantageux.

Que se passe-t-il ?

C’est la “financiarisation de l’économie américaine”, explique notre collègue Dan Denning dans le dernier numéro de la Bonner-Denning Letter.

Cette financiarisation déforme l’économie qui, au lieu d’utiliser des ressources réelles – du temps, des matières premières, un savoir-faire – pour fabriquer des choses et faire des profits honnêtes… utilise désormais de l’argent factice pour gagner plus d’argent factice.

Ce changement a été largement remarqué mais très peu compris. Les points sont trop nombreux… trop mobiles… et trop indistincts ; ils sont difficiles à relier.

bourse

Ce n’est plus le marché boursier de Grand-Papa

Mais quand quasiment tous les achats d’actions sont faits par ceux qui émettent ces mêmes actions, on sait qu’il se passe quelque chose de bizarre.

Quand les autorités peuvent ajouter plus de 1 000 Mds$ par an à la dette nationale – une année d’expansion – on sait qu’il y a quelque chose de louche. Et quand les entreprises peuvent échouer lamentablement dans l’économie réelle… mais continuer à valoir des milliards en Bourse… on sait qu’on n’est plus sur le marché boursier de Grand-Papa.

 Alors revenons un peu an arrière et examinons l’économie “à l’ancienne” – quand les investisseurs achetaient encore des actions… que les gouvernements essayaient encore d’équilibrer leur budget… et que les entreprises devaient encore faire des profits.

L’un de nos lecteurs américains décrit sa ville :

“Lorsque j’ai passé mon bac à Mansfield, dans l’Ohio, en 1949, quasiment tous mes camarades de classe avaient le choix parmi près d’une dizaine de grands manufacturiers pour trouver un emploi et se construire une carrière. Nous avions une grosse usine Westinghouse Electric, Dominion Electric (appareils de table), Mansfield Tire (beaucoup de pneus de marques privées), les pompes Gorman-Rupp, l’usine locale d’Empire Steel, une nouvelle usine de pièces GM, Ohio Brass et un certain nombre d’autres.
 Pas besoin d’études universitaires, juste la volonté de travailler huit heures par jour, cinq jours par semaine, pour un salaire plus que correct. La population de la ville tournait aux alentours des 45 000. En restant dans l’une de ces entreprises, vous pouviez rejoindre la classe moyenne avant que votre aîné n’entre à l’école.
 Depuis mon bac, la ville est un peu plus petite, mais chacune des usines que j’ai nommées a fermé !”

Qu’est-il arrivé à Mansfield ? Qu’est-il arrivé aux États-Unis ? Qu’est-il arrivé au marché boursier ?

“La financiarisation”, dit Dan.

Qu’est-ce que c’est ? Comment est-ce que ça fonctionne ? Est-ce l’avenir… ou une complète fraude ?

LIENS

  1. https://la-chronique-agora.com/vraies-raisons-hausse-actions/

SOURCE/ https://la-chronique-agora.com/financiarisation-economie/

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